mardi 24 octobre 2017

Temps Universel + 3


21 octobre. Extrémité Est du bassin méditerranéen.
Dehors, 26°. Pollution de la mer sur 80 km de part et d’autre de la ville. Plages jonchées de déchets. Pêcheurs sur les rochers. Débris de cadavres flottants. Ne pas nager.
Constructions à flanc de falaises, vitres teintées, dorures, marbres, spa, piscine olympique, corps brunis luisant d’huile, musique à tue-tête, berlines noires, enfants pouilleux vendant des roses fanées.
Dedans, air climatisé. Fréquentes coupures d’électricité. Télévision: scanner à x millions de dollars, cerveau décrypté, esprit décortiqué, enfermé dans un corps artificiel. Objectif 2100. Délire d’immortalité.
Dedans plus loin, plus profond, 37,2°. Rester loin. Lire.

Avec Journées perdues, cheminons ensemble, bavardons. Il y a comme un chaos dehors, une folie. Partageons cette coupe de Champagne au chevet du grand corps malade. Et puis non tiens... Qu’il crève.
Grisons-nous de ce qui subsiste encore librement. Mais de quoi parles-tu ? Je te parle de l’ennui, je te parle de ce temps rendu disponible à observer la beauté des fleurs et le mouvement de la houle, à suivre le cours des saisons et la gesticulation des hommes.
Ne pas précipiter sa lecture, reposer le livre, aller à la fenêtre, scruter les nuages, faire chauffer un peu d’eau et regarder fondre les poudres de café. Puis, prendre le temps de rejoindre la compagnie élégante et caustique d’un auteur ravagé par les insomnies et l’intranquillité, mais étreint par la vie. Dans le malheur d’être né s’obstine un souffle.


Frédéric Schiffter - Journées Perdues - Ed. Séguier

3 commentaires:

  1. «Ma couette me protégera comme un sac de sable.»
    p 108

    Nos guerres asymétriques.

    Qui étions-nous ?

    RépondreSupprimer
  2. Délicatesse aristocratique de ce voyage au bout de l'ennui...

    RépondreSupprimer