dimanche 6 octobre 2013

La domination des peigne-culs

Dans mon entreprise, il doit y avoir environ 30% d'homosexuels sur l'ensemble des personnels masculins et 1% de lesbiennes parmi 50% d'arabes, 40% d'européens et 10% d'asiatiques. Tous ont environ entre 21 et 50 ans et presque tous sont connectés sur Facebook.
En étant invité à accepter la « différence » - ce qui induirait que les individus n'ont initialement pas tous la même valeur ?-, il a fallu retirer de notre langage : « pédés », « tafioles », « tapettes » - qu'au passage mes collègues utilisent allègrement entre eux et pour se qualifier, et à considérer l'individu dans sa fonction et non dans sa nature. C'est donc avec empathie et respect que l'on aborde les sujets d'actualité utiles à communiquer agréablement.
A ma question de savoir si la loi sur le mariage gay sera l'occasion d'échanges d'anneaux et l'organisation de belles fêtes, aucun de mes collègues homo et vivant en couple n'a semblé intéressé. De même pour l'adoption, facteur secondaire d'adhésion au mariage gay.
Si l'on considère cette population, jeune et affirmée dans sa sexualité, on peut s'interroger sur son manque d'engouement pour cette réforme qui leur ouvre pourtant les portes d'une normalité supposément désirée. A qui donc cette mutation fondamentale est-elle destinée ? Pourquoi tout ce tapage ? En bref, à qui cela profite-t-il vraiment ?
Parmi mes collègues femmes et arabes, quelques unes portent le voile en dehors du travail. Ce sont aussi celles qui expriment - via Facebook - leur désaccord concernant le mariage pour tous et les pratiques sexuelles qu'elles estiment contre-nature. Dans ce cas, le port du voile semble assez significatif d'un esprit revendicateur et non la marque d'une foi intense où il est, paraît-il, question de tolérance.

Lorsque ses petits peuples se retrouvent au travail, un silence de convenance s'installe même si de sérieuses prises de becs égayent parfois cette harmonie factice. C'est la concurrence victimaire ! A les regarder tous, on peut s'amuser de ce cloisonnement dans lequel chacun niche ses vices et ses vertus et tous les arguments nécessaires à rendre dominante sa morale individuelle ou communautaire.
Par inoculation lente on a prôné la dissolution des marquages et spécificités et cherché à créer une société homogène et uniforme. Or, c'est l'inverse qui se produit - par réaction sans doute - puisque le particulier s'accroche à ce qui le démarque des autres, tout en l'agglomérant à un groupe. 

Photo : Alejandro Maestre Gasteazi
Reste la majorité, celle des hétérosexuels blancs, mâles - on se souvient que les bonnes-femmes ont aussi leurs gangs -, célibataires, agnostiques, n'appartenant à aucune communauté, n'ayant rien à revendiquer - sauf la paix. Cette catégorie-là, invisible pour les autres, ne peut prétendre à rien, ne bénéficie d'aucun quota d'embauche, n'a pas d'association de défense de ses droits, ne représente qu'elle-même et n'est représentée par personne. Publiquement, elle a le droit de se taire et de garder pour elle ses impressions. Socialement, ce - pauvre - type-là d'individus n'existe pas.

De fait, on a tout intérêt à faire partie d'un groupe, à se rassembler entre individus conventionnellement considérés comme  défavorisés voire persécutés, à réclamer n'importe quoi au prétexte du droit et de la liberté et, finalement, à maintenir ses « différences ». Ainsi organisées et puissantes, les supposées minorités imposent les lois et donnent les autorisations de dire ceci plutôt que cela, reçoivent des subventions, des allocations, parce qu'elles sont faibles et, dans les entreprises, l'incompétence peut enfin se caler douillettement sous la couverture bleu blanc rouge de la fraternité.

En s'enferrant dans la victimisation, les peigne-culs de tout poil sont enfin parvenus à gravir les échelons de l'ennuyeuse normalité sociale et se sont imposés là où ils auraient eu naturellement leur place si le reste de la société avait résisté à la culpabilisation. Les néologismes associant le mot « phobie » aux noms des minorités, qualifient désormais l'offenseur illégitime de malade mental, un genre de psychopathe en somme. Les saines insultes qui autrefois prêtaient à rire et déverrouillaient les conflits, deviennent coprolalie compulsive, à la différence cependant que l'aliéné est responsable de ses actes et paroles, et passible de sanctions. L'action supposément apaisante des lois s'apparente alors à celle de la camisole dont tout individu encore sain d'esprit cherchera naturellement à s'échapper.
Appartenant pour ma part à la majorité hétérosexuelle anti-féministe et agnostique de la classe moyenne, il me reste un dernier luxe, celui de relire avant qu'il ne soit trop tard, la réjouissante liberté de la langue de Céline où un con est un con.


9 commentaires:

  1. Chère V.,

    Je reprends mon commentaire parce que j'y ai laissé une impardonnable faute!

    Alors donc: Chère V.,
    La minorité féministe a obtenu — il me semble — la suppression de la mention "Mademoiselle" sur les fiches ou questionnaires administratifs. On voit par là, chez ces bonnes femmes, leur haine du flirt , du marivaudage, de la badinerie galante — bref leur allergie à l'érotisme. Comment conter fleurette, par exemple, à l'une de ces excitées appelées femen? Ça ne sait hurler que des slogans et ça n'aime que les coups. Elles sont pourtant jolies ces petites mademoiselles...

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    1. Oui, cher Frédéric, elles sont jolies et aiment les coups (http://www.marianne.net/Les-Femen-perdent-leur-gourou_a231760.html)... Quant à la disparition de la mention Mademoiselle, c'est officiel : nous sommes toutes des "Ma- dame" dès le plus jeune âge. La dame de qui au fait ? Encore une grande cause...

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    2. Quand je m'adresse à l'une de mes jeunes apprenantes, je lui dis "Mademoiselle". Mon style vieille France va passer pour une psychopathologie. L'an passé un représentant de la minorité catholique, un papa d'élève, s'était plaint auprès de mon proviseur de mon anticléricalisme. Ce dernier m'avait trouvé extrémiste. Je joue ma carrière.

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    3. Arf... une "apprenante" !! quel vilain mot. Le langage de l'éducation nationale est aussi fleuri qu'un champ de blé traité au Roundup.

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  2. Texte efficace, clairvoyant, sobre.
    Le passage sur l'emploi totalitaire - désormais admis universellement - du suffixe " phobique" est admirable.
    Ce que vous venez de décrire n'est au fond rien d'autre que la base sociale, bientôt victorieuse, ces indicibles cons ! du fascisme normal.
    Bien à vous.`

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    1. Welcome ici Blue Monk et merci pour le lien vers votre blogue.

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  3. Chere V,

    Depuis presque vingt ans, j'ai travaillé dans des entreprises comme consultant et suis maintenant a mon compte et au quatre cinquieme, souvent trois cinquieme, parfois zero cinquieme... La conclusion de mon experience est que dans un tel milieu, l'unique combat à mener est de tenter chaque jour de ne pas devenir un pauvre type ou un peigne cul si vous preferez. Il s'agit moins de gagner sa vie que de sauver son âme. Un combat de chaque instant. Car tout y est attaqué, abimé puis vidé de sa substance : la reflexion, l'usage de la langue, les rapports humains surtout entre hommes et femmes, l'estime de soi...En ayant confusement conscience, les cadres en eprouvent une grande culpabilité, dissimulée sous une arrogance servile et les psychotropes qui les mantiennent en vie psychologique artificielle. Huit heures par jour finissent par user dans un premier temps, puis par faire disparaitre completement le peu d'individualités qui a pu exister chez ceux qui y travaillent. S'y substituent des pantins vulgaires. Des peignes culs.Ils menent une vie en apnée, reprenant une bouffée d'oxygene pendant le week end, mais un oxygene vicié a base de divertissements festifs, de ruquier, de bourrage de crane avec dans le meilleur des cas 'capital', le point ou envoyé special (l'emission preferée des cadres : heureusement le vendredi je ne travaille plus donc n'ai plus droit au resumé de l'emission pendant le dejeuner avec ces imbeciles)...Les ravages sont irreparables. Le sentiment de culpabilité qui fait un lent travail de sape souterrain en conduit de plus en plus au suicide ou a de subites crises de larmes. Reflexe de lucidité. Le monde de l'entreprise, comme notre economie, l'air du temps, s'expliquent par la multiplication de tous ces peigne culs dont vous parlez. Des rats diront d'autres. Pour finir sur une note positive, j'ai réecouté recemment (en riant parfois assez fort) le 'tube' de 1940 de Maurice Chevallier, "d'Excellents français". C'est une chanson tres moderne, et son interprete encore plus, vous ne trouvez pas ? Pierre

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    1. J’aime beaucoup cette phrase, si juste et qui résume l’essentiel :

      « Il s'agit moins de gagner sa vie que de sauver son âme »

      C’est exactement cela !
      Garder son cap malgré-tout… (Le wei wu wei, le non-agir agissant, décrit dans L’Eloge de la démotivation, est en cela d’usage salutaire)

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  4. On dirait que ça va mal en France.... Pour faire pendant à ton texte, que j'avoue ne pas comprendre tout à fait, je t'invite à lire celui-ci:

    http://www.rue89.com/2013/11/10/grand-mere-vote-fn-amie-dit-chinetoque-fragments-dun-racisme-ordinaire-247335?fb_action_ids=10152010802171826&fb_action_types=og.likes&fb_source=aggregation&fb_aggregation_id=288381481237582

    Marie

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