mardi 9 avril 2013

Amer à mort

J'ai toujours eu peur de mourir. Précisément, j'ai toujours eu peur de quitter la vie et de ne plus sentir le soleil me cuire les épaules, ni l'herbe verte me chatouiller, ni la mer me porter. La vie est sensationnelle.
De fait, souvent je m'interroge sur la fin puisqu'il faudra de toute façon y passer. Comment la mort va-t-elle m'attraper, comment va-t-elle m'arracher ?
Si le modus moriendi suit la règle selon quoi telle j'ai vécu telle je mourrai, je me demande lequel de mes vices, laquelle de mes conduites finira par avoir ma peau.
Pourtant, se protéger de tout est le meilleur chemin vers l'hospice où je ne m'imagine pas assise à moitié immobile dans un fauteuil roulant, la bouche ouverte et bavant sur mes genoux, finissant ma vie dans un flottement neuroleptique. Me vient alors à l'esprit une scène d'incendie, une noyade, un accident arrivé trop tôt. Mais la vie, qui ne m'a réservé que ce que j'étais capable de supporter, ne m'enverrait pas au trou avec autant de violence, ce serait trop décevant.

C'est en voyant la photo de Michel Houellebecq à la Une de Libé du 2 avril qu'ont ressurgi ces pensées funèbres.
Michel Houellebecq
S'il faut se fier aux apparences, Houellebecq se consume: son teint plombé, ses yeux creusés, ses joues coulant sur son squelette comme une vieille bougie... L'un des plus grands écrivains de ce siècle est en suicide permanent.
Le voyant décharné et lugubre, nulle envie de le plaindre ni de l'accabler. Son visage, un parmi des millions, affiche sa perméabilité à la douleur, donne la mesure d'attentes non satisfaites et son désamour d'avec la vie. Qui le lui rend bien. Ou l'inverse.
Ainsi, ce styliste merveilleux n'aura eu que la chance d'être doué, sans que pour autant cela semble apporter de baume à son coeur. Le talent n'est pas suffisant. Sa réalité est indifférente aux joies simples: le soleil, l'herbe verte, la mer, il s'en fout, il n'a pas d'illusions. La lucidité, parfois, est insoutenable et la proximité de la fin, encore plus.

11 commentaires:

  1. Ce soir en marchant dans Venise
    J'ai repensé à toi, ma Lise.
    J'aurais bien aimé t'épouser
    Dans la basilique dorée.

    Les gens s'en vont, les gens se quittent
    Ils veulent vivre un peu trop vite
    Je me sens vieux, mon corps est lourd
    Il n'y a rien d'autre que l'amour.

    La poursuite du bonheur
    Par Michel Houellebecq

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    1. Pataugeant dans l'égout parsemé de gondoles bigarrées et motorisées, il riait ensuite sous les fientes de la place sous eau. La banquise se chargera du reste, lança-t-il au Timonier.

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    2. Tout corps plongé dans un liquide...

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  2. Virginie - Le chêne buissonnier10 avril 2013 à 20:32

    « Les hommes n’ayant pu guérir la mort - chère V. -, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point songer. » Pascal.

    Quant à Venise, ne connaissant virtuellement que le pont des soupirs, j'appris à l'âge de 8 ans qu'il s'agissait non point d'une effusion de tendresse mais d'une prison, autre forme d'affection - ou espérance d'un autre type...

    Bien à vous, V.

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    1. Très chère, le nom "Pont des Soupirs" suggère le soupir exprimé par les prisonniers conduits devant les juges, lors de leur dernier regard porté sur Venise. C'était donc la dernière image de la liberté pour ceux qui allaient finir leurs jours en prison. Le pont mène de la prison au tribunal. Il y fait très froid, le sol est glissant, bref, c'est en effet un mauvais moment à passer !

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  3. A ce point du voyage, la pensée de Pascal est sans relief, dit le ver sur la route goudronnée.

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  4. Pas d'accord avec vous, V. Houellebecq survit à sa neurasthenie en ecrivant dans tous ses livres que l'homme occidental essaie d'être heureux mais ça devient de plus en plus difficile. Beaucoup ressemblent au heros (et aussi aux amis du heros) du film "La Chasse" de Winterberg. Le choix : se soumettre, se decharner lentement ou réagir. Heureusement pour eux, il y a encore beaucoup de Nadia...Vive l'immigration !

    Jules,Pierre, Vincent , François Paul et les autres

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    1. Ah! les grandes familles! Le début des emmerdements maximum.

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