mardi 23 avril 2013

L'essentiel est de participer

Auditeur de Michel Onfray expérimentant la tentation d'en finir


A retrouver sur l'édifiant "dossier" présenté aux zinfos de la télévision publique.

dimanche 21 avril 2013

Je est presque un autre

Assis dans le jardin nous étions au soleil, arrosés par une chaleur douce, à l'abri de la brise mesquine qui continue malgré le printemps à s'infiltrer dans les cols.
Couple Under An Umbrella, 2013
A l'intérieur de l'immense bâtiment de verre, on pouvait apercevoir les corps gigantesques de vieilles personnes installées sous un parasol, la tête du vieux reposant sur la cuisse de la vieille, tandis qu'elle se tient assise, les deux mains à plat sur le sol pour supporter le dos. Ils étaient comme à la plage, en maillots de bain. Ils ne se regardaient pas, mais la main du vieux accrochée au bras de la vieille donnait une idée de la tendresse qui vient quand on a fini de faire la somme des déconvenues.
A ce moment-là, une fille est arrivée et nous a demandé d'éteindre les cigarettes. Il est interdit de fumer dans le jardin. Dix minutes plus tard, une autre fille a claironné de quitter la Fondation en raison de la manifestation qui allait passer sur l'avenue. Dehors, les anti se rassemblaient armés de drapeaux et de banderoles et se dirigeaient en hordes vers la place Denfert. La foule venue pour l'exposition n'avait plus qu'à choisir son camp.
Mais nous avions terminé notre visite de la Fondation Cartier qui présente actuellement les sculptures hyperréalistes de l'artiste australien Ron Mueck. La Fondation est une vitrine, d'ailleurs il n'y a pas de cimaises me faisait remarquer mon compagnon, comme si la vocation du lieu n'était pas exactement la diffusion de l'Art.
Les oeuvres de Ron Mueck, ici peu nombreuses mais suffisamment éloquentes, figurent l'être humain dans sa condition et non - comme celles de Duane Hanson - dans son environnement social. L'artiste joue sur les proportions, du monumental au modèle réduit d'humain, peut-être parce qu'une représentation à l'échelle aurait détourné le spectateur de ce que l'oeuvre est censée inspirer. L'hyperréalisme à cela de compromettant qu'il oblige le spectateur à se regarder lui-même. Et d'ailleurs il se voit, et d'ailleurs il s'y retrouve. C'est insupportable.
Ce qu'il y avait de beau à observer, c'était le public. Visiblement étonnés par la précision du détail, les gens se tortillaient autour des oeuvres - cernées d'un trait tracé au sol et à ne pas dépasser -, surveillés de près par des gardiens interdisant l'approche et la photo. De fait, c'est devant la vidéo de 52 minutes présentant la conception et la fabrication des oeuvres que se rassemblait la foule. 52 minutes pourtant, ce n'est pas rien. Pour comprendre la finesse de la peau, la densité des pores, la couleur des veines, il fallait voir Ron Mueck en action, travaillant la glaise, fabriquant des formes, décollant des contre-moules, avec lenteur et minutie, et surtout dans une grande économie de paroles. A ce titre, on peut dire que ses oeuvres lui ressemblent.
Chez Mueck, il n'y a pas d'humour. La précision de son travail en fait un artisan, un technicien de haute volée, mais - s'il n'y avait cette multitude d'interdictions de la Fondation Cartier - était-il nécessaire d'entrer dans son processus créatif ?
Drift, 2009
Woman with shopping, 2013
Les personnages représentés inspirent. Là, une femme d'un mètre de haut, portant un nourrisson dont on n'aperçoit que la tête sortant de son manteau, les mains chargées de sacs de provisions (des canettes de bière surtout); ici, un homme nu assis à l'avant d'une barque, vert de froid, le regard baissé comme s'il avait renoncé à chercher un signe; là encore, un homme allongé les bras en croix sur un matelas pneumatique accroché à la verticale... Toutes ces représentations nous parlent de solitude, de vanité, de fausses croyances, de conditions humaines désenchantées. Elles ne dénoncent rien, ne font pas de politique, elles nous montrent quelque chose qui gigote à l'intérieur de nous, quelque chose d'énorme ou de minuscule. Ron Mueck n'est pas un drôle, il est austère, mais compatissant quand même. Ses corps sont des enveloppes, des véhicules. Mais aussi des marionnettes, des pantins qui jouent aux dés. Comme nous.



dimanche 14 avril 2013

Aimer les fleurs


Jacques Demy, une exposition rafraîchissante à la Cinémathèque Française

mardi 9 avril 2013

Amer à mort

J'ai toujours eu peur de mourir. Précisément, j'ai toujours eu peur de quitter la vie et de ne plus sentir le soleil me cuire les épaules, ni l'herbe verte me chatouiller, ni la mer me porter. La vie est sensationnelle.
De fait, souvent je m'interroge sur la fin puisqu'il faudra de toute façon y passer. Comment la mort va-t-elle m'attraper, comment va-t-elle m'arracher ?
Si le modus moriendi suit la règle selon quoi telle j'ai vécu telle je mourrai, je me demande lequel de mes vices, laquelle de mes conduites finira par avoir ma peau.
Pourtant, se protéger de tout est le meilleur chemin vers l'hospice où je ne m'imagine pas assise à moitié immobile dans un fauteuil roulant, la bouche ouverte et bavant sur mes genoux, finissant ma vie dans un flottement neuroleptique. Me vient alors à l'esprit une scène d'incendie, une noyade, un accident arrivé trop tôt. Mais la vie, qui ne m'a réservé que ce que j'étais capable de supporter, ne m'enverrait pas au trou avec autant de violence, ce serait trop décevant.

C'est en voyant la photo de Michel Houellebecq à la Une de Libé du 2 avril qu'ont ressurgi ces pensées funèbres.
Michel Houellebecq
S'il faut se fier aux apparences, Houellebecq se consume: son teint plombé, ses yeux creusés, ses joues coulant sur son squelette comme une vieille bougie... L'un des plus grands écrivains de ce siècle est en suicide permanent.
Le voyant décharné et lugubre, nulle envie de le plaindre ni de l'accabler. Son visage, un parmi des millions, affiche sa perméabilité à la douleur, donne la mesure d'attentes non satisfaites et son désamour d'avec la vie. Qui le lui rend bien. Ou l'inverse.
Ainsi, ce styliste merveilleux n'aura eu que la chance d'être doué, sans que pour autant cela semble apporter de baume à son coeur. Le talent n'est pas suffisant. Sa réalité est indifférente aux joies simples: le soleil, l'herbe verte, la mer, il s'en fout, il n'a pas d'illusions. La lucidité, parfois, est insoutenable et la proximité de la fin, encore plus.

vendredi 5 avril 2013

Après la Bombe

« Je rentrai à l'hôtel, retombant sur moi-même, méditant amèrement sur le rôle des hommes d'aujourd'hui, pauvres vainqueurs domptés, en déroute devant le triomphe féminin qui éclate partout; gouverneurs gouvernés; ex-maîtres de maison faisant le marché, comme Jouhandeau, dont l'esclavage explique ses admirables portraits d'Élise (Marcel est lâche, comme tous les hommes; ce qui le sauve, c'est qu'au dernier moment, il se révèle, par la sensibilité, plus femme que les femmes...).

Voilà revenir l'aurore d'un matriarcat primitif, celui d'après la Bombe, pensais-je. Don Juans ou maquereaux, que tant de poncifs nous montraient dans leur majesté, leur despotisme, ne sont que de pauvres filles soumises, qui ont abdiqué. La grève récente des femmes, en U.S.A., réédition de Lysistrata; la démocratie, chantage des faibles, aligne la Femme sur les ex-vaincus, les Noirs, les gens de maison, les prolétaires, les enfants, tous ces libérés devenus maîtres. La masse changera de composition, mais restera une masse; cela s'appelle révolution, mot dont l'étymologie indique la nature : retour au point de départ. Les femmes, elles, se tireront d'affaire, perfectionneront leur pompe aspirante. Je revois ces beaux cultivateurs berbères, descendus du Rif, amenés de force aux souks par leur épouses; je les rencontrais à Tanger, poussés par elles, entrant dans les boutiques, s'y ruinant en colliers inutiles, en soies voyantes, en tissus d'ameublement hideux; de retour à la maison, leur belle prestance, ils la laissaient sur le seuil; ils rentraient au bagne ».

Venises (§ 1963)- Paul Morand

mercredi 3 avril 2013

Entrechats de Venise




Répétitions - Palais Grimani - Venise


De l'origine du pataud (?) :
« Ces chats vénitiens ne se dérangent jamais, eux non plus, n'ayant rien à redouter des voitures; ce que je reproche aux chats, c'est de ne pas dire bonjour. Les chats vénitiens ont l'air de faire partie du sol; ils n'ont pas de collerette; leur ventre est un biniou dégonflé, dans cette cité sans arbres ils ne savent plus grimper; ils sont dégoûtés de la vie, car il y a trop de souris, trop de pigeons ».

Venises - Paul Morand