dimanche 21 octobre 2012

Résistance aux mites

Au 5 de l'avenue Marceau se trouve la Fondation Yves Saint Laurent-Pierre Bergé qui abritait la maison de haute couture Yves Saint Laurent jusqu'en 2002. Cette année-là, Yves Saint Laurent cesse son activité sans se chercher de successeur. Ainsi, la maison de haute couture ferme définitivement. La marque fut rachetée puis revendue à maintes reprises par des groupes financiers et ne subsistent aujourd'hui que le prêt-à-porter sous l'égide du groupe Gucci, tandis que les cosmétiques sont détenus par L'Oréal.
En fermant sa maison, YSL fait un gracieux pied de nez aux imposteurs. Par cette décision, il n'aura pas laissé à Gucci, connu pour ses orientations porno trash, ni à  L'Oréal, promoteur de jus ordinaires, voire vulgaires, la possibilité de s'approprier l'esprit de la griffe. Qu'en auraient-il fait ? Yves Saint Laurent a révolutionné la couture en donnant aux femmes le trench, le caban, le tailleur pantalon, le blouson de cuir, autrefois réservés aux hommes. Surtout, c'est par la force de l'émotion qu'il a participé aux mutations de la société toute entière. Aujourd'hui, alors que les stylistes s'appliquent à habiller les femmes comme des putes, ce n'est plus la beauté qui préside, mais la sexualisation des atours. Ainsi, le propos est d'exhiber ce qu'il y au fond des culottes et de se présenter aux autres sous un angle uniquement sexualisé. On prétendra qu'une telle provocation est une affirmation, or c'est strictement l'inverse.


La visite de la Fondation présente les salons d'essayage, au premier étage de cet hôtel particulier Napoléon III, surveillés par un portrait au graphite de YSL par Andy Warhol. Sur les murs quelques photographies, et au centre un divan de velours vert où l'on imagine que d'illustres séants se sont agités. On reste longtemps dans cette pièce à écouter la guide refaire l'historique de la maison. Puis on se rend au "Studio", longue pièce blanche aux murs couverts de livres d'art, où travaillait Yves Saint Laurent. Sur des mannequins, des vêtements sont exposés, tous inspirés par la peinture : Mondrian, Braque, Van Gogh. Sur un portant, des vêtements blancs alignés attendent de se trouver une couleur. C'est ainsi qu'il travaillait: à partir d'un prototype blanc, pour la forme, il choisissait le tissu et les couleurs. Comme souvent dans ce genre d'endroits (la villa de Dali à Port Lligat donne la même impression), on a laissé trainer ici et là les objets familiers de l'artiste : ses lunettes, une blouse blanche, quelques croquis, quelques petits mots, quelques photographies. Tout est agencé de sorte qu'on puisse imaginer qu'il sort à l'instant de la pièce. Il y a pourtant là quelque chose de morbide, de fossilisé, de tragique. Après une recherche de vidéos d'époque, on voit que le décor était bien plus vivant que dans cette vitrine saugrenue.
La personnalité d'Yves Saint Laurent incite à se documenter et comme une conclusion, il y a ce lien vers une vidéo relative aux dernières années de YSL, dont Pierre Bergé interdit la diffusion.
On termine la visite par la galerie où sont présentées jusqu'au 27 janvier 2013 les oeuvres de Jacques-Emile Blanche, portraitiste de salon apprécié de la bourgeoisie du début du XXème siècle et bien connu pour son Proust. On dit de lui qu'il a su exprimer toute la psychologie des personnages et qu'il fut d'ailleurs refusé, pour cette raison, par une mère commanditaire voyant dans le portrait de son fils une insupportable féminité.
Quand on sort de cette visite, il y a comme un sentiment de trop peu. On n'a vu que quatre robes, un canapé vert, quelques dessins et une mise en scène convenue. La Fondation tiendrait davantage d'un cénotaphe que d'un lieu où survit l'esprit d'un créateur de génie et l'ensemble de la présentation, exposition de Blanche comprise, ramène certes à un monde raffiné, luxueux, civilisé mais définitivement perdu. Ici, le mouvement s'est figé pour toujours.

1 commentaire:

  1. Cette expo que je n'ai pas vue doit être à l'image de YSL en fin de vie: blanc cassé.
    Architecte du smoking féminin antithèse du shocking des stylistes YSL est et restera Universel.

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