mercredi 24 octobre 2012

dimanche 21 octobre 2012

Résistance aux mites

Au 5 de l'avenue Marceau se trouve la Fondation Yves Saint Laurent-Pierre Bergé qui abritait la maison de haute couture Yves Saint Laurent jusqu'en 2002. Cette année-là, Yves Saint Laurent cesse son activité sans se chercher de successeur. Ainsi, la maison de haute couture ferme définitivement. La marque fut rachetée puis revendue à maintes reprises par des groupes financiers et ne subsistent aujourd'hui que le prêt-à-porter sous l'égide du groupe Gucci, tandis que les cosmétiques sont détenus par L'Oréal.
En fermant sa maison, YSL fait un gracieux pied de nez aux imposteurs. Par cette décision, il n'aura pas laissé à Gucci, connu pour ses orientations porno trash, ni à  L'Oréal, promoteur de jus ordinaires, voire vulgaires, la possibilité de s'approprier l'esprit de la griffe. Qu'en auraient-il fait ? Yves Saint Laurent a révolutionné la couture en donnant aux femmes le trench, le caban, le tailleur pantalon, le blouson de cuir, autrefois réservés aux hommes. Surtout, c'est par la force de l'émotion qu'il a participé aux mutations de la société toute entière. Aujourd'hui, alors que les stylistes s'appliquent à habiller les femmes comme des putes, ce n'est plus la beauté qui préside, mais la sexualisation des atours. Ainsi, le propos est d'exhiber ce qu'il y au fond des culottes et de se présenter aux autres sous un angle uniquement sexualisé. On prétendra qu'une telle provocation est une affirmation, or c'est strictement l'inverse.


La visite de la Fondation présente les salons d'essayage, au premier étage de cet hôtel particulier Napoléon III, surveillés par un portrait au graphite de YSL par Andy Warhol. Sur les murs quelques photographies, et au centre un divan de velours vert où l'on imagine que d'illustres séants se sont agités. On reste longtemps dans cette pièce à écouter la guide refaire l'historique de la maison. Puis on se rend au "Studio", longue pièce blanche aux murs couverts de livres d'art, où travaillait Yves Saint Laurent. Sur des mannequins, des vêtements sont exposés, tous inspirés par la peinture : Mondrian, Braque, Van Gogh. Sur un portant, des vêtements blancs alignés attendent de se trouver une couleur. C'est ainsi qu'il travaillait: à partir d'un prototype blanc, pour la forme, il choisissait le tissu et les couleurs. Comme souvent dans ce genre d'endroits (la villa de Dali à Port Lligat donne la même impression), on a laissé trainer ici et là les objets familiers de l'artiste : ses lunettes, une blouse blanche, quelques croquis, quelques petits mots, quelques photographies. Tout est agencé de sorte qu'on puisse imaginer qu'il sort à l'instant de la pièce. Il y a pourtant là quelque chose de morbide, de fossilisé, de tragique. Après une recherche de vidéos d'époque, on voit que le décor était bien plus vivant que dans cette vitrine saugrenue.
La personnalité d'Yves Saint Laurent incite à se documenter et comme une conclusion, il y a ce lien vers une vidéo relative aux dernières années de YSL, dont Pierre Bergé interdit la diffusion.
On termine la visite par la galerie où sont présentées jusqu'au 27 janvier 2013 les oeuvres de Jacques-Emile Blanche, portraitiste de salon apprécié de la bourgeoisie du début du XXème siècle et bien connu pour son Proust. On dit de lui qu'il a su exprimer toute la psychologie des personnages et qu'il fut d'ailleurs refusé, pour cette raison, par une mère commanditaire voyant dans le portrait de son fils une insupportable féminité.
Quand on sort de cette visite, il y a comme un sentiment de trop peu. On n'a vu que quatre robes, un canapé vert, quelques dessins et une mise en scène convenue. La Fondation tiendrait davantage d'un cénotaphe que d'un lieu où survit l'esprit d'un créateur de génie et l'ensemble de la présentation, exposition de Blanche comprise, ramène certes à un monde raffiné, luxueux, civilisé mais définitivement perdu. Ici, le mouvement s'est figé pour toujours.

jeudi 11 octobre 2012

Soif

mercredi 10 octobre 2012

Mélancolie et modernité

C'est aujourd'hui que commence la rétrospective Edward Hopper au Grand Palais. 

Couple buvant - Paris - 1907


lundi 8 octobre 2012

Poings liés

On nous dit que nous avons de la chance d'avoir du travail. En effet, travailler permet de gagner l'argent nécessaire à se loger, se nourrir, préserver sa bonne santé et, selon le niveau des revenus, à se distraire. De fait, il est question d'épanouissement personnel. L'entreprise, lorsque c'est le cadre du travail, serait donc promotrice d'un grand complexe de l'art de vivre avec mise à disposition de tout l'attirail nécessaire au bonheur: ici, des locations de vacances, là des tickets de cinéma à prix réduits...
Si on nous dit que nous avons de la chance d'avoir du travail c'est parce que, d'après les nouvelles, il se fait rare. Ainsi nantis, nous serions des ingrats de nous plaindre, de manifester un quelconque mécontentement, pire de nous insurger. L'esprit du moment est donc à la collaboration, à la bonne volonté et à une certaine passivité bienveillante.
Cependant, lorsqu'il arrive qu'un électron libre décide de porter à la connaissance de tous, qui un harcèlement, qui une irrégularité de traitement, c'est tous ensemble que cadres et subordonnés organisent naturellement l'expulsion de l'électron trop libre. C'est un peu comme éradiquer le développement anarchique d'une cellule cancéreuse s'attaquant à un organe sain.
Pour donner un certain crédit au processus d'élimination, on s'attaque à la personnalité de l'individu réfractaire afin de faire oublier à l'ensemble du groupe que sa plainte est légitime et que l'on défend des principes. Ainsi, la loi qui s'applique à tous est étouffée sous le cas particulier jusqu'à ce que chacun admette que "c'est bien fait pour sa gueule".
On sait maintenant que la plupart des entreprises prévoient des budgets opaques destinés à payer les indemnités au salarié déposant plainte aux Prud'hommes. Ainsi, on se débarrasse du salarié, on règle les pénalités et, bénéfice non négligeable, on inocule l'idée à l'ensemble des employés que s'ils manifestent, certes ils gagneront leur procès, mais ils perdront leur emploi. Ainsi on détourne les règles du code du travail qui, face au pouvoir de l'argent, ne sait plus protéger le salarié et enfin, à l'intérieur du groupe, on anéantit le principe de solidarité.
En vérité, l'entreprise ne promeut pas l'individu, elle cultive en rangs serrés de bons petits esclaves, dont je suis. Reste le choix de claquer la porte et d'être au moins digne à ses propres yeux...


mercredi 3 octobre 2012