samedi 1 septembre 2012

L'évasion


Dans le ciel au-dessus de l'autoroute, il y avait ce petit nuage suspendu. On l'aurait dit accroché sur un fil à linge ou égaré comme une note sur les cordes d'une partition incomplète. Il était là en plein milieu de la perspective, tandis qu'au-dessous de lui s'opérait la grande transhumance vers le nord des teutons, des saxons, des bataves et de mon intrépide Thunderbird.
Tous, au même moment, nous rentrions vers les villes, comme nous avions été pour un temps côte à côte sur les plages, aux terrasses des cafés ou dans les campings. Prévisibles, organisés, perpétuellement pressés, nous avancions massivement sur la route comme un troupeau regagnant sa bergerie, persuadés sous l'habitacle de nos carrosses d'être seuls au monde, différents forcément du prochain, alors que nous allions tous dans le même mouvement et vers le même but. Sans ce petit nuage douillet, à l'apparence légèrement bondissante, il n'y aurait eu que la route, que des bicyclettes amarrées aux voitures, que des caravanes dandinantes, que des témoins de freinage intempestifs. Mais il y a eu ce nuage et seulement ce nuage, et même la musique dans les oreilles s'est évanouie.
Derrière lui, les deux traces parallèles marquaient le couloir suivi par deux avions aiguillés pour suivre un niveau et une ligne. Aucune distraction possible dans le fonctionnel et la vitesse. Pourtant, ce nuage si impeccablement posé sur l'azur, si lent dans son déplacement, si immuable dans sa forme, me rappelait le temps des départementales quand, allongés dans l'herbe les yeux ouverts à l'ombre des saules, nous suivions le passage des nuées dans la stridulation des criquets, tandis que les fourmis s'emparaient des restes du pique-nique. Alors, j'ai pris la voie de droite et j'ai ralenti. Il n'y avait aucune raison de se presser.

7 commentaires:

  1. Ne serait-ce pas - juste devant - la voiture de Vincent Safrat, chère V. ?

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    1. Le Vincent serait plutôt du style à prendre des voies plus paisibles et surtout, à vélo !

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  2. Il y an un an jour pour jour, ma cloche sonnait avec un son très proche de votre (très beau) billet...
    http://lorgnonmelancolique.blog.lemonde.fr/2011/09/02/quand-la-cloche-sonne/

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    1. Oui en effet, nous avons nos "marronniers" nous aussi !

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  3. Demain je suivrai ce petit nuage les cieux bleus dans les yeux auto guidée jusqu'à Biarritz loin de la cohue estivale et j'aurai la prétention de me sentir"forcément" différente.

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