jeudi 30 août 2012

Al fondo Alfonso

Le robot de la piscine avait tourné depuis le matin jusqu'au soir sur le fond du bassin. En cette journée ensoleillée, je suivais distraitement son trajet avant d'apercevoir à la surface un lézard qui flottait, se laissant dériver sur le clapot comme s'il faisait la planche. L'animal semblait mort.
La distance séparant le robot du lézard paraissait suffisante pour qu'une intervention fut efficace, l'aspirateur n'aurait pas le temps de l'atteindre. J'attrapai donc un balai et c'est lorsque le corps du lézard fut sorti de l'eau qu'il se mit à sursauter, comme après un électrochoc. Le robot continuait sa course sans se soucier ni du lézard, ni de moi et, le reptile disparu entre les buissons, j'entrai dans l'eau silencieuse. De temps à autre, le robot passait tout près, m'assénant le coup sec d'un petit jet d'eau, puis replongeait malicieux comme pour se cacher après une bonne blague. Le soleil transporta mon ombre au fond du bassin et l'approcha du robot dans un faisceau de bulles. Elle dit :
« Robot, cher robot, vous êtes ivre

dimanche 26 août 2012

Un temps parfait




« Est belle toute oeuvre qui me plaît, bien sûr, et, surtout, qui me sied au point de prendre place en moi comme souvenir marquant capable de me charmer longtemps, de me hanter et de stimuler ma réflexion ».

« La beauté - Une éducation esthétique », de Frédéric Schiffter. A paraître le 12 septembre prochain.

Un ouvrage qui restera pour moi inscrit dans un temps parfait.

samedi 18 août 2012

mardi 14 août 2012

Nos pires années


Trente ans sans se revoir. Puisque c’étaient les vacances, elle avait décidé de revenir en France pour faire un genre de tournée d’adieux. Quand on me l’avait dit j’avais ri, elle avait toujours aimé les effets spectaculaires. Elle avait amorcé nos retrouvailles en essayant de s’inviter chez moi, j’avais esquivé. C’est donc par le téléphone d’un vague cousin qui acceptait de la loger qu’elle m’avait fixé rendez-vous.
Il y a plus de trente ans, lorsque nous étions en Terminale, elle avait les cheveux blonds ébouriffés et une allure pseudo punk qui ne trompait personne sur le standing de ses parents. Elle était la fille unique d'un père toujours absent et d'une mère alcoolique. Sa chambre, située à l’étage d’un pavillon de banlieue, me paraissait immense et l’atmosphère pas encore contaminée par l’ennui qui grignotait les murs du rez-de-chaussée, là où sa mère sirotait son gin.
Trente ans plus tard, elle portait les cheveux mi longs et bruns coiffés d’une casquette noire et dorée, une minijupe en cuir et une blouse légère imprimée peau de panthère. Elle n’avait pas grossi, n’avait pas tellement vieilli, mais avait passé toutes ces années en Californie.
Sur la terrasse de la brasserie, elle était assise en face de moi, agitée comme avant, volubile comme avant, impatiente comme avant et je la regardais. Le souvenir – davantage une impression, que j’avais conservé d’elle n’était pas bon, pas bon du tout. Sans me rappeler précisément ce que nous avions pu partager, j’avais gardé une sensation d’étouffer et l’impérieuse nécessité de me dégager d’elle dans les meilleurs délais. Si son initiative présente visait la conclusion, j’étais d’accord. Quant à tisser des liens, pas question.
Elle a voulu boire, a hélé le serveur et demandé la carte, puis s’est levée pour passer sa commande, le service n’étant pas assez rapide à son goût. Devant son verre de Bordeaux, j’ai commencé par lui poser les questions d’usage auxquelles elle répondait largement, s’interrompant de temps en temps pour aller cracher le long du trottoir. Elle tentait de raconter les trente ans qui nous séparaient, son mariage, ses deux mômes, son travail, ses parents morts, son divorce, a montré des photos de son mari, mais ni du fils, ni de la fille. Cependant, elle en avait de récentes, celles des copines de l’Oregon chez qui elle vivait désormais.
Son Bill l’avait quittée. Elle ne se remettait pas de cet échec alors qu’elle s’était sacrifiée pour lui, pour eux, pendant trente ans. Trente ans à faire les comptes, à créer une entreprise, à être clean – alors que Bill fumait beaucoup de crack –, à donner la meilleure éducation possible. Elle s’arrêta pour dire qu’elle avait faim, commanda une assiette de frites sans sel à cause de son hypertension et l’engloutit nerveusement par petits fagots. Une fois rassasiée, elle sortit de son sac une pochette en plastique dans laquelle se trouvait un joint, voulut l’allumer là, tenta en riant de me persuader que maintenant il existait des tabacs parfumés. Elle avala une gorgée de vin, rota, puis s’excusa avant que je lui dise qu’elle était dégueulasse. En la regardant, je pensais à Amy Winehouse, à ce qu’elle aurait été peut-être si elle avait eu 50 ans. Amy sans son talent n’aurait eu aucune excuse.
Au deuxième verre de Bordeaux, elle parlait en anglais, m’interrogeait « Et toi alors ? », mais continuait sur son divorce et sur ses enfants qui lui tournaient le dos, sa fille surtout. Sa surdité me réjouissait. Elle m’expliqua son tatouage à l’intérieur de l’avant-bras : une longue épée intitulée d’une référence à un verset de la Bible : Hébreux 5 ou 6, je ne sais plus. Puis elle parla de sa foi, de Dieu, du Christ.
« Et ton fils ? » demandai-je. Il était inscrit à l’Université, mais avait trouvé une manière de gagner beaucoup d’argent sans faire grand-chose. Les larmes ont commencé à envahir ses yeux, elle a remis ses lunettes de soleil et a conclu : « Il est dealer quoi ». C’est lui qui avait révélé à son père qu’elle avait eu une « indiscrétion » avec un homme de passage. Elle lui en voulait. C’était à cause de cette petite erreur que Bill avait demandé le divorce. Elle disait « indiscrétion » pour alléger le poids de son aveu, rien n’était vraiment de sa faute.
Les souvenirs me revenaient, non parce que nous parlions de notre jeunesse, mais parce que son présent était l’exacte transposition du passé. Elle avait été ma copine de classe parce qu’il y avait dans sa personnalité quelque chose d’exotique et que nous partagions ce goût pour la musique en fumant de l’herbe dans nos chambres. En fait, nous étions un arrangement de circonstance, des larrons en fuite de nos familles qui avaient fini par se séparer plutôt que de se détester vraiment. Si nous ne nous étions jamais revues, c’était sans doute pour cela.


lundi 13 août 2012

Il fait beau, lisons en terrasse

Il fallait une fin d'après-midi sous un soleil de plomb, au beau milieu du raffut des voitures, pétrolettes et concert de sonnettes pour se transporter au Brésil. Par l'oeil lorgnonné de Patrick Corneau nous suivons avec Brasileza l'itinéraire d'un Français dans les rues brésiliennes et au coeur d'une société polymorphe aux moeurs bien différentes des nôtres. Entre autres curiosités, j'apprends qu'être toujours en retard est naturel même dans les meilleures maisons, et que notre ponctualité d'Européens y passe pour très inconvenante. Une faveur que les rêveurs s'accordent.
La suite à l'ombre pour continuer le voyage.