samedi 16 juin 2012

O idioma mais bonito do mundo

Pablo était arrivé d'Uruguay sur un voilier. Sans souci d'alléger ses bagages, il portait avec lui ses disques - à l'époque c'étaient des vinyls. C'est à lui que je dois de connaître Vinicius de Moraes, o poeta maior do mundo disait-il. J'aimais déjà la Bossa Nova d'une folle passion et rêvais du Brésil comme d'un pays enchanté. Quand Pablo est reparti vers le sud, là où on parlait sa langue, il a laissé chez moi ses disques. 




Boa viagem !

15 commentaires:

  1. Ma très chère V.,

    La bossa nova est une mélancolie qui se chante. C'est la bande son de mon existence. La langue brésilienne lui convient tout naturellement à merveille. Mais quand The Voice est accompagné par Tom Jobim...

    http://www.youtube.com/watch?v=FBhCeWBW88A&feature=related

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    1. C'est l'esprit de la saudade: un manque habité.

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  2. "Je parlais d'amour et toi tu parlais de ton pays..."

    http://www.youtube.com/watch?v=wASTFv7XZ1E&feature=related

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  3. Votre billet ne pouvait pas me toucher davantage, le Brésil étant ma seconde patrie et la bossa nova la musique qui exprime le mieux mon "sentiment d’être". Quant à la saudade, il faudrait être devant une caïpirinha pour en parler sérieusement… Je me suis exprimé sur tout cela dans mon "Brasileza" dont voici 3 extraits (pardon de me citer!):
    « Dans la salle de restaurant située sur la terrasse (23ème étage) de l’hôtel où nous descendons régulièrement à Rio, la sonorisation mouline inlassablement les mêmes airs de Jobim. On n’en éprouve aucune sensation de lassitude. Est-ce l’effet de l’harmonie entre le panorama grandiose sur la baie d’Ipanema et le rythme balancé de la bossa nova ? Ou est-ce le génie propre du compositeur qui rend cette musique intemporelle. Il faudrait écouter Desafinado dans le métro parisien. Pour voir. »

    « Jean Baudrillard : “ La disparition n’est pas la mort, et la tristesse de la disparition n’est pas celle du deuil. Ainsi la saudade exprime non pas le deuil de ce qui est mort, mais la nostalgie de ce qui a disparu, avec (comme pour Sébastien et le Cinquième Empire) une lueur de résurrection. ” Ce pourrait être cette statue d’un exilé pleurant sur la patrie distante, réalisée par le portugais Soares dos Reis à Rome en 1870 – la plus célèbre pièce de sculpture d’un pays qui cherche bientôt dans son passé romain une raison d’être nationale. Renversant ces tonalités languides, Clarice Lispector en fait une soif de vie, une boulimie pleine d’exubérance : « Saudade. Saudade, c’est un peu comme une faim. Elle ne passe que quand on mange la présence. Mais parfois le manque est si profond que la présence est peu de chose : on veut absorber l’autre personne tout entière. Ce vouloir un autre qu’a un être pour une union totale est un des sentiments les plus urgents qu’on a dans la vie . » Pour moi, c’est ce “ punctum ”, ce pincement au cœur en écoutant certaines compositions de Jobim (As Praias Desertas, Retrato em Branco e Preto, Dindi). »

    « Mélancolie portugaise. Une autorité aussi incontestée que Gilberto Freyre a affirmé que si les premiers colons n’avaient pas fait venir des Africains pour égayer leurs colonies, toute l’entreprise brésilienne se serait étiolée par simple tristesse. La mélancolie, qui est la vraie sensation du temps, est garante de la joie. Sans elle impossible de comprendre les tambours, les paillettes du carnaval qui ne servent qu’à repousser un instant d’obscures et tristes pensées, ni l’incomparable et mélancolique bossa-nova. Et pourtant les Africains eux-mêmes souffraient d’un tel mal du pays dans le Nouveau Monde qu’il y avait un mot pour cela : banzo, une sorte de noire saudade. Quand celle-ci n’était plus supportable, certains se jetaient à la mer pensant rejoindre leur patrie à la nage et se noyaient ; d’autres se suicidaient en mangeant de la terre et de la chaux (cette “ géophagie ” que l’on considérait alors comme un vice abominable, était aussi pratiquée par les esclaves indiens). »

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  4. Pour les fondus de bossa nova, une référence : "Le Matin des musiciens" (France Musique) du mardi 12 juin 2012 : "Antonio Carlos Jobim, avec Antoine Hervé" par Arnaud Merlin à écouter ou podcaster : http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/matinmus_mardi/emission.php?e_id=100000067

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    1. Merci cher Monsieur du Lorgnon pour ces extraits et pour les liens. Lors d'un passage à Fortaleza, j'ai souvenir qu'avec un verre de caïpirinha les vagues en mosaïque du front de mer avaient pris un aspect plus vivant que nature. Ailleurs, elle n'a jamais eu le même goût. Etrange non?

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    2. Nous écoutâmes la même émission au même moment. Je trouve le chanteur un peu emphatique.

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  5. Il y a plus de choses dans un verre de caïpirinha sous le ciel du Brésil, que n'en rêve toute philosophie…
    ;-)

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    1. A lire en sirotant la caïpirinha, votre Brasileza n'est pas si loin du ciel brésilien.

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  6. Quel beau voyage ! Merci V. Cette langue, ces voix et la musique en parfaite harmonie. Envoûtant. (Ca me rappelle une nuit mémorable en compagnie de matelots-musiciens brésiliens à danser la samba lors de la Grande Armada rouennaise, mais il y a prescription).

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    1. Oh oh! Corinne! vous imaginer danser la samba enchantera vos nombreux admirateurs, j'en suis certaine.

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    2. Oh, chère V.! Loin de moi l'idée d'employer ce genre d'artifice pour m'attacher un auditoire.(D'autant qu'ils seraient bien déçus aujourd'hui, j'ai oublié les pas..)

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  7. Cher Lorgnon,

    Beau texte. J’ignorais cette acception de la « saudade » comme soif de vie, boulimie pleine d’exubérance, telle que l’entendait Clarice Lispector, que vous citez.

    « Corcovado » est, pour nous, un hymne sensualiste — toute « avant-garde » se doit d’en avoir au moins un — et même un « exposé programmatique » ; mais nous ne comprenons que les paroles de la version anglaise…

    « Il y a plus de choses dans un verre de caïpirinha sous le ciel du Brésil, que n'en rêve toute philosophie… » est une phrase que l’on vous envie et qui aurait pu être prononcée par nous-mêmes ou certains de nos amis sur cette plage où nous goûtions et célébrions la vie — il est vrai que c’est une plage d’une ancienne possession portugaise. http://avantgardesensualiste.blogspot.fr/2012/04/rc-vaudey-ou-lantesade-suite.html

    Merci chère V. pour ce beau billet (« Take five » était très bien venu…)

    R.C. Vaudey

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