samedi 30 juin 2012

Passer l'éponge

Le plus extraordinaire dans la GayPride, ce n'est pas ce bruit binaire qui surgit de la rue et s'invite de force chez les gens, ce ne sont pas les bannières "Si ton frère est hétéro, tu peux l'aider aussi", ce ne sont pas non plus les vieux ex-ministres emperruqués se dandinant en haut des chars, non. Le plus extraordinaire c'est la balayeuse-laveuse de la voirie qui propulse à haute pression les résidus de la fête vers les caniveaux, immédiatement derrière le cortège.

vendredi 29 juin 2012

L'intérêt de l'enfant

Pierre était arrivé des Charentes pour ses études. Il s’était installé non loin de l’université, avait brillamment passé ses examens et puis avait rencontré Claire, une musicienne. Jusqu’à ce que l’enfant paraisse, ils vécurent une folle passion dont le centre de gravité se trouvait au milieu de leur lit. Il est possible que le petit ait pris sa place, que sa femme l’ait laissé sur le côté, mais quand ils décidèrent de divorcer rien ne lui semblait plus important que l’équilibre de l’enfant. Une semaine sur deux il le prenait chez lui et, ces semaines-là, il renonçait à sa chasse effrénée à la femme. Le reste du temps, en effet, il sortait, passait ses soirées sur internet, faisait des rencontres, jusqu'à ce qu'enfin il en  trouve une qui lui plaisait plus que les autres.

Vint un jour où il présenta l’enfant à la fille. C’était un dimanche et tous les trois déjeunèrent comme on le fait partout en famille ce jour-là. L’enfant, chétif et timide, semblait ravi. La fille et lui s’entendaient bien. Son père parla en douce des difficultés qu’il avait, dit qu’il était suivi par un psy, que c’était un peu la faute de sa mère qui avait toujours eu peur de tout, mais que c’était un bon élève. Puis, comme après une lente glissade faite de remarques, d’interdictions et de vexations, le père envoya brutalement l’enfant dans sa chambre avant le dessert.
Il prit alors la fille dans ses bras, mais elle décida de s’en aller. Quelques jours plus tard, elle lui dit qu’elle ne voulait plus le voir. D’une voix éteinte il lui demanda ce qui n’allait pas, s’il n’était pas assez bien pour elle et il releva son chandail pour lui montrer ses abdominaux puis, alors qu’elle souriait, il essaya de l’humilier et l'insulta, puis s'excusa. Il lui téléphona de temps en temps, lui envoya des messages, tantôt amoureux, tantôt  agressifs, selon qu’elle acceptait ou refusait de lui parler. Il fit le siège de sa maison, demanda une audience les bras chargés de fleurs, mais elle ne céda pas. Plus tard, elle apprit qu’on avait interné l’enfant dans un centre spécialisé à cause d'occlusions auxquelles la médecine générale ne pouvait rien.



mardi 26 juin 2012

Check up - 3

En souvenir des nuits passées à discuter sans fin sur le nom du meilleur batteur du monde entre 1963 et 1967, du meilleur guitariste du monde entre 1969 et 1971, à décerner le premier prix au meilleur album des Stones entre 1967 et 1977 dans les bars enfumés de Nantes, en écoutant un rock'n'roll approximatif mais convaincu, joué par des grands dadais transis sur lesquels louchaient des groupies en jupettes et talons aiguilles. Dans son roman Haute Fidélité, Nick Hornby retranscrit toute cette atmosphère que j'ai connue, à la fois drôle, légère, passionnée et dans laquelle nous avions la chance d'être librement immatures.



dimanche 24 juin 2012

Des perles d'eau

Dans la généalogie de la musique, c'est à la période baroque que va ma préférence. Elle court du début du XVII° siècle à la fin du XVIII°.
Essentiellement musique sacrée, elle a cette vertu d'alléger le corps et de conduire l'esprit au-dessus des nuages, en particulier lorsqu'elle est portée par les voix de contre ténor et la viole de gambe

Haendel

Bach

Vivaldi


Marin Marais

jeudi 21 juin 2012

La question du minus

Dans son ouvrage « Le plafond de Montaigne », notre ami Frédéric Schiffter écrit :
Aujourd’hui encore, avec la même amertume que Jean-Pierre Léaud dans La maman et la putain – le film de Jean Eustache […] – je médite la mystérieuse question de savoir « pourquoi les filles préfèrent sortir avec des minus plutôt qu’avec des types bien ». Toujours sans réponse, je m’en tiens au célèbre adage, mais dans une version légèrement modifiée par mon expérience : « Dis-moi de qui tu attends l’amour et je te dirai qui tu es ». 
Super Minus
Tout d'abord, qu'est-ce qu'un minus
D'un point de vue féminin, on entend par minus un homme qui pourrait manquer de caractère, de courage, ou d'allure, ou les trois. Le minus assume peu, ment souvent et fait preuve de ce que l'on appelle  « lâcheté » et que le minus traduit par la volonté forcenée de ne pas faire souffrir (sic). Il ajoutera de lui-même qu'il est lâche, certes, mais qu'il le doit au fait même d'être un homme.
Revenons à la question : pourquoi faire le choix du minus ? A bien observer ce qui s'agite autour de soi, ou même chez soi quelquefois, personne n'est à l'abri. Croit-on, en le fréquentant, que l'on finira par avoir un ascendant sur le minus jusqu'à ce que son comportement en soit modifié ? Est-ce l'incertitude qui stimule et, partant, le désir de conquête ? A l'inverse, croit-on que l'on ne vaut pas mieux qu'un minus ? D'un point de vue plus général, est-ce le passage obligé des expérimentations sentimentales puis, à force de répétitions, une excuse recevable pour arguer de l'incapacité à s'engager ? De quoi ce « goût » fait-il la démonstration et que l'on ne veut pas voir? La question reste entière.


lundi 18 juin 2012

Peur du noir

Sans jamais avoir eu une idée précise de ce qu'était l'amour, j'ai su quand j'aimais au moment où la peur de perdre l'autre, qu'il fut ami, amoureux, parent, m'étreignait d'une angoisse subite, profonde et indéfinissable. Cette inquiétude irrationnelle qui ne présage de rien, ne pressent rien, qui n'est pas un signe magique d'une mort annoncée avant la mienne, est ce que j'identifie à de l'amour, à un attachement inconditionnel et persistant, en tout cas. Quand cette pensée me traverse, la sensation physique d'une destruction irréversible m'envahit, comme si un premier fusible sautait et que s'éteignaient une à une les lumières qui éclairent ma maison.

samedi 16 juin 2012

O idioma mais bonito do mundo

Pablo était arrivé d'Uruguay sur un voilier. Sans souci d'alléger ses bagages, il portait avec lui ses disques - à l'époque c'étaient des vinyls. C'est à lui que je dois de connaître Vinicius de Moraes, o poeta maior do mundo disait-il. J'aimais déjà la Bossa Nova d'une folle passion et rêvais du Brésil comme d'un pays enchanté. Quand Pablo est reparti vers le sud, là où on parlait sa langue, il a laissé chez moi ses disques. 




Boa viagem !

jeudi 14 juin 2012

Derrière la jalousie

Une belle exposition Matisse à voir à Beaubourg pour encore quelques jours.
On conseillera cette visite pour un bain prolongé dans la fraîcheur de l'ombre à celles et ceux ravagés par les feux radicaux.

Intérieur au violon

mardi 12 juin 2012

Oldies but goodies




Dave Brubeck quartet - Take five

samedi 9 juin 2012

25 images seconde

En Inde, ce qui m'avait semblé extraordinaire, c'est la capacité de l'homme à vivre au milieu de ses déchets. Là-bas, j'ai vu la misère et la richesse extrêmes, portées par des gens se côtoyant sur le même tas d'immondices dans une indifférence apparemment totale.
Le dernier trajet entre Bharatpur et Delhi avant de repartir en France, nous l'avons fait en train. Le nez aux barreaux, car il n'y avait pas de vitres aux fenêtres, nous regardions cette belle campagne que jusqu'ici nous avions traversée en bus, au milieu de voyageurs serrés, curieux et souriants. Jusqu'ici, nous n'avions vu que les saris des femmes au travail, illuminant de couleurs chatoyantes les sillons des champs. Ce matin-là, le spectacle qui se déroulait, au milieu d'une prairie, aux abords d'un bosquet, près d'une mare terne, sous un parapluie, tout près des voies, c'étaient des culs qui chiaient. Partout. Des hommes, des femmes, des enfants, accroupis, retroussés, s'essuyant à pleine main le cul.
Puis plus loin, en s'approchant de Delhi, c'étaient des hordes de pauvres, gris, verts, depuis les cheveux jusqu'aux orteils qui vaquaient près de cabanes adossées à de vieux murs, montées sur des branches tordues et recouvertes de bâches de plastique noir ployant sous les flaques, tandis que dans des mares aussi grasses qu'un épanchement de joint de culasse se prélassaient des buffles, noirs et huileux. Sur le toit d'une bâtisse en chantier, des mômes qui couraient les yeux au ciel entre des boisseaux de tiges d'acier à béton, cherchaient le vent en tirant derrière eux une ficelle reliée à un morceau de carton. Et on entendait leurs rires depuis le train. En contrebas, le long de la voie, trottaient des femmes à petits pas rapides, le nez plongé dans le sari, serrant bien fort le petit dans les bras pour qu'il ne touche pas le sol.
Enfin, aux abords de la grande gare de New Delhi, sous un réseau de routes, c'étaient des bancs tendus de jute qui s'égrainaient le long des kilomètres de rail et sur lesquels étaient allongés des kilomètres de pauvres. Poussiéreux, étouffés par les gaz d'échappement, la fumée des usines, l'odeur des eaux pourries qui se jettent à gros bouillons dans la Yamuna, la rivière sacrée, c'étaient des kilomètres de corps, uniformes de crasse et de misère.
A l'aéroport, deux jours après, j'avais eu un peu de mal à regarder sans mépris les enfants grassouillets, les mains chargées de sodas et de hamburgers, couvés par le regard fier de leurs parents, eux-mêmes boudinés sous le sari ou le turban. De même, les ors qui pendaient des oreilles et des narines, les agencements des saris, si élégants, si raffinés, me paraissaient obscènes et étrangement j'étais en colère. 
Alors, je pensais au Taj Mahal. Ce cénotaphe merveilleux, dont on se demande s'il flotte entre la terre et le ciel, on le visite pour 20 roupies si l'on est Indien et 750 quand on est étranger. Mais, à cet endroit où tous doivent s'introduire sans chaussures, on peut soupirer pieds nus sur le marbre, dans l'esprit du sacre de l'amour éternel. Les beaux sentiments apaisent, un peu comme au cinéma. Et si c'était Bollywood qui maintenait l'équilibre de ce continent immense et insensé ?

Taj Mahal - Agra - 2006

vendredi 8 juin 2012

Candidature au titre de capitale de l'absurde

Pendant longtemps, Nantes a été une ville peu intéressante mais très rigolote. Disons que l'on pouvait y faire des choses rigolotes, comme de la musique dans des bars enfumés sans que les brigades anti-bruit ne déboulent. Les façades étaient noires, les immeubles de guingois, et les quais arpentés de filles de joie tandis que la pluie luisait sur l'asphalte. J'ai vécu 38 ans à Nantes, j'y suis même née. Maintenant, comme partout, les rues sont piétonnes, les magasins portent les mêmes enseignes que n'importe où ailleurs, les places sont des esplanades marbrées et la bicyclette fait la loi. Dans ce décor conventionnel, Nantes a cependant servi d'éprouvette à l'art contemporain. On y a initié les Nuits Blanches reprises ensuite à Paris. L'ancienne usine LU est devenue un centre d'art, on y organise des expos, on y donne des spectacles. Et parce qu'une jolie rivière croise le cours de la Loire et que la mer n'est qu'à 50 km, on dit qu'il fait bon y vivre. Pourtant, quand je suis tombée sur cette vidéo d'un hôtel un peu particulier, je me suis demandé s'il faisait si bon y vivre que cela, si l'ennui n'avait pas gagné les esprits et si, en gros, le passé industriel de la ville ne manquait pas à certains.


mercredi 6 juin 2012

dimanche 3 juin 2012

A l'épreuve du surdoué

Invitée à dîner chez mes voisins, j'ai fait la connaissance d'un jeune garçon hébergé là pour cause d'examens d'entrée dans les "Grandes Ecoles". Le gamin, 19 ans et demi, très enthousiasmé par ces nouvelles expériences, nous a donc narré le contenu des épreuves et puis, plus largement, les modalités d'entrée dans ces grandes écoles.
Toute la journée, il avait passé les épreuves de sport pour entrer à Polytechnique : un peu de course - endurance et vitesse -, puis plusieurs longueurs de piscine. Un des candidats avait manqué se noyer tandis que lui avait péniblement terminé ses 500 mètres sans exploit, car il ne nage pas le crawl.
Les questions de nos hôtes, un peu comme une interview, ont particulièrement porté sur le cursus de ce brillant gaillard, bachelier à 15 ans, comme si la mise en lumière de ses talents allait les auréoler par capillarité. A mes questions concernant le mode de recrutement des grandes écoles, le garçon a présenté un tableau digne d'une plaquette de chasseurs de têtes, sans tiquer. Il s'agit certes de concours dont on sortira les meilleurs potentiels, mais quand il a ajouté "il faut savoir se vendre", j'ai voulu savoir quelles imprécisions pouvaient encore planer à l'issue des tests de connaissance qui justifieraient un entretien au cours duquel "se vendre". Autant le privé élabore ses règles, autant une école publique, même "grande", devrait à mon sens faire montre de davantage d'objectivité. Or il n'y a rien de moins objectif qu'un entretien individuel.
Dans une soirée forTagréable avec des gens charmants, on ne pose pas ce genre de questions, et j'ai immédiatement subi l'ire de mon voisin. Bien que le garçon n'ait pas paru effarouché, j'avais visiblement touché quelque chose de sensible : on ne commente pas, on ne discute pas, bref on ne raisonne pas sur ce qui est établi, surtout quand il s'agit d'un des dispositifs les plus prestigieux de la Nation. J'ai repensé alors à la première partie du "Monde d'hier" de Zweig - que tous avaient lu à cette table - où il évoque ses études et surtout la machine enseignante qui moule des petits sujets comme le boulanger ses financiers aux amandes. Mon voisin de table a gloussé, a murmuré qu'il était d'accord avec moi et nous avons repris sur le golf qui était la deuxième passion du jeune garçon après les mathématiques.
A la fin de la soirée, j'avais une vague idée de ce que pouvait être une élite en herbe et une certitude - de plus - sur la sottise de la bourgeoisie bien pensante.

samedi 2 juin 2012

Les vertus de la marche

J'ai préféré faire à pied les six ou sept kilomètres depuis le magasin du technicien Apple. Si dans quelques jours il m'annonce la mort de mon disque dur, ce sera comme si ma maison avait brûlé.