jeudi 3 mai 2012

Produit d'une poussée, non d'une intention


De la prose? Des vers à pieds ? Retirer les ponctuations? N'utiliser que des verbes d'action, à l'américaine? Bien suivre les règles ? Ne pas les suivre ? Radoter ? Elaguer ?
Qu'est-ce qui donnera le style ? Et puis tiens, d'ailleurs, qu'est-ce que le style ?
Dire de quelqu'un qu'il écrit bien ne veut rien dire. Tout le monde écrit bien dès qu'il ne fait pas de fautes.
Alors j'ai fouillé sur le net et ai trouvé cette conférence d'une heure et cinq minutes donnée par Marie Darrieussecq qui nous dirige vers Barthes.
De son exposé, je retiens ceci en guise de tentative d'éclaircissement : « Quel que soit son raffinement, le style a toujours quelque chose de brut : il est une forme sans destination, il est le produit d'une poussée, non d'une intention, il est comme une dimension verticale et solitaire de la pensée. Ses références sont au niveau d'une biologie ou d'un passé, non d'une Histoire : il est la "chose" de l'écrivain, sa splendeur et sa prison, il est sa solitude ».
Et ceci : « Des images, un débit, un lexique naissent du corps et du passé de l'écrivain et deviennent peu à peu les automatismes mêmes de son art. Ainsi sous le nom de style, se forme un langage autarcique qui ne plonge que dans la mythologie personnelle et secrète de l’auteur ».
C'était une question simple pourtant...

12 commentaires:

  1. Automatismes naissants de la "mythologie personnelle et secrète", poussée verticale après plongée au-dedans.. mécanique des fluides !

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    1. N'est-ce pas, chère Corinne !..

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    2. Oui chère V.. Plus profonde sera la plongée, plus forte la poussée.

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  2. le style, le corps donné à la syntaxe entre le parlé à l'oreille de l'autre et l'écrire, ou entre le mot et la chose, la pensée et son objet. et comme il ne suffit ni de le dire ni de l'écrire, ce n'est pas suffisant, que la douleur n'est jamais très loin, c'est une façon de vivre, charme et rugosité, tour à tour ou ensemble, personne, et n'être personne. Une réflexion d'un prof de philo quand j'étais ado; si on dit que l'homme c'est le style je ne dirais pas que vous êtes un homme mais que vous êtes un style; l'offense! (peu de temps après la prof qu'il avait remplacée m'accusa au 1er jour de son retour d'avoir causé son séjour en psychiatrie... ).

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    1. Fichtre ! S'agirait-il d'une phrase gâchette ? Vous savez, ce que l'on dit parfois sans réfléchir et qui causera une rupture irréversible...

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  3. « Les faiseurs de beau style, les précieux, les maniérés qui avalent leur canne pour écrire me font pitié.Un Flaubert…Ceux pour qui écrire est une véritable cérémonie ;Il faut le reconnaître : Flaubert était un véritable ébeniste littéraire qui astiquait partout pour que ça brille. Résultat : médiocrité, ennui.(…) Des gens comme Romain Rolland, Guehenno, Schlumberger, que je me suis laissé aller à lire, ne sont pas des écrivains ; c’est du travail de bureau, un bavardage, un talent pour ennuyer et un manque de sens critique pour soi même. Ce sont des gens qui ne doivent pas rire souvent." P.Leautaud. Journal Littéraire.

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    1. Je n’ai jamais lu Leautaud, Flaubert si… Et je tiens Salammbô pour un très grand livre. Sans doute le goût pour tout ce qui brille…

      Ps : Marie Darrieussecq, une minute à l’entendre suffit à mon malheur…

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    2. Je plussoie sur votre PS. Pff et re-pfff.

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    3. Ah Léautaud... Bien sûr Léautaud... On l'imagine graphomane, griffu comme les chats qu'il récupérait, détestant la rature, se régalant de sa misanthropie... Oui mais Flaubert! Le sanguin Flaubert... Le taureau... L'obsessionnel qui, pour la mort d'Emma (quelques lignes? Une page? deux? et à mourir de rire en plus...) lit et relit tout ce qui peut se faire à l'époque en pharmacologie. Je ne sais pas si Flaubert était un drôle au quotidien mais il l'était dans ses écrits! Et bien plus que Léautaud! Tout aussi réjouissant, d'ailleurs, quand il était vache! Allez donc voir du côté de la correspondance... Quand il se lâche un peu... Pourquoi exclure l'un pour faire ressortir l'autre? Ils ont tous les deux leurs places (et s'il fallait vraiment hiérarchiser je ne miserais pas sur Léautaud...)
      Pour le plaisir voici ce que disait Flaubert de Lamartine: « Il ne restera pas de Lamartine de quoi faire un demi-volume de pièces détachées. C'est un esprit eunuque, la couille lui manque, il n'a jamais pissé que de l'eau claire. » C'est injuste et d'une drôlerie terrible... Dommage que Léautaud n'ait pas pu tomber sous la plume de Flaubert ; j'aurais aimé lire ce qu'il en aurait dit!

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    4. D'accord avec vous, cher Soluto. La correspondance de Flaubert, c'est aupoilissime. Mais Léautaud c'est très bon, itou : "Il est bon de dire du mal des autres. Et puis on tombe toujours juste."

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  4. Votre nouveau profil est des mieux tournés, chère V.

    J’adore.
    http://www.youtube.com/watch?v=y5Yemyz-zL0

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