jeudi 31 mai 2012

Check up - 1

A ma connaissance, il n'y a pas de jolis gros mots, mais paradoxalement ils font un bien fou quand on les prononce. Après un traumatisme crânien frontal ou sous l'effet du syndrome Gilles de la Tourette, il est admis que la formulation de gros mots est un symptôme inhérent à l'atteinte neurologique et non le fait conscient d'une personne dite "normale".
Tout bien considéré, et une fois passé l'effet de surprise, une espèce d'envie peut survenir devant l'étendue lexicale de cette étrange capacité de dépassement du ça au-delà du Surmoi - comme l'a décrit Freud pour les psychotiques. Parfois, on aimerait oui, on jubilerait même, passer pour un neuropathe, de sorte que le langage en soit complètement désinhibé.
Personnellement, il y a des grossièretés que j'adorerais pouvoir dire. Par exemple, j'aime beaucoup « ta gueule! ». Dans cette toute petite phrase, toutes les conséquences sont satisfaisantes : a priori un départ immédiat de l'invectivé, et la jouissance inestimable d'avoir mis un bourre-pif à la vanité de se vouloir "aimable".
A un amoureux qui reviendrait après quelques escapades douteuses, le « dégage connard!»  me semblerait du meilleur effet, même si « dégage! » se suffit à lui-même et qu'il reste encore l'autre joue à tendre. Mais la pire des pires de toutes les injures, c'est de dire à un type qu'il est une « sale pute », gros mot féminin qui n'a pas une grande portée quand il s'agit d'un métier, mais qui en a beaucoup pour décrire un homme - ou du moins ce qu'il en reste. Là on atteint les sommets de la disqualification toutes catégories. C'est ma préférée. Je ne l'ai jamais dite à personne et pourtant j'y ai pensé. Les autres non plus d'ailleurs, je ne les ai jamais dites. C'est un grand regret de ma vie. La proximité du changement de décennie est toujours une période de bilans.

21 commentaires:

  1. Damned! Qu'en pense Billy? J'attends avec impatience le "check up" suivant...

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    1. "Damned" n'est pas mal non plus. Quant à Billy, son museau en forme de X qui lui donne un air pincé me rappelle qu'il faut parfois savoir se taire.

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  2. Histoire vécue il y a bien des décennies à Milan, dans une zone industrielle. Léger accrochage entre deux véhicules. Les chauffeurs descendent de leurs véhicules, constatent l'absence de dégâts et commencent à s'invectiver. Je vous passe la litanie mais ça fuse d'insultes très courtes, imbécilé, crétino etc, etc, jusqu'à ce que les qualificatifs s'épuisent. Après un silence, et pour clore le débat, vient l'insulte suprême, prononcée sur un ton las, méprisant et désabusé :

    - COMMOUNISSSS TAA !

    Je n'ai jamais oublié cette scène qui me fait encore autant rire qu'au premier jour et parfois, je l'emploie en murmurant à voix basse avec un large sourire...

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    1. Quelle puissance de feu ont ces Italiens !

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  3. Il est vrai que c'est très souvent au volant d'un véhicule motorisé que le ça masculin s'en donne à coeur joie ! On pense bien sûr à Jean Yanne et à sa leçon de mauvaise conduite.

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    1. Un genre de coprolalie compulsive !

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  4. Cela dit, chère V., l'air de rien, vous avez exaucé vos souhaits. N'ayez donc plus de regrets ! C'est d'autant plus jouissif lorsque l'acte est gratuit (écrire en est un n'est-ce pas ?), comme c'est le cas ici.

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    1. Pas exactement satisfaisant, gratuit oui! De là à passer à l'acte...

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  5. Ah, chère V.

    Bien vu – encore une fois.
    Une expression anglo-saxonne’ dont use parfois l’excellent Etienne Chouard’ lors de ses conférences et qui dans certaines circonstances me brûle les lèvres : This is bullshit [foutaises] !
    Chez lui, ça sonne juste.
    Chez moi, c’est Impossible à prononcer… Ca se transforme tantôt en ‘bull scheet’ ou en ‘boule – cheet’.

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    1. Allez, avec un peu d'entraînement Virginie !

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  6. Pour ma part j’ai un faible affirmé pour les insultes à consonances anciennes.
    Du genre :

    Chapon maubec : poltron à langue de vipère
    Chiabrena : chiure de m....
    Coquebert : nigaud
    Gouge : vile catin
    Grippeminaud : homme hypocrite
    Sottard : couillon
    Truandaille : voyou
    Maroufle: maraud
    Menuaille: populace, canaille
    Merdaille: gens méprisables
    Pendard: gueux
    Poistron pulent! : Trou du cul puant!

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    1. Très intéressant ! Mais d'un coup je me demande si la satisfaction que l'on tire en se "lâchant" est réelle quand on n'est pas compris. Avez-vous expérimenté ?

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    2. Pour avoir abusé de jeux de rôles en ligne médiévaux-fantastiques, ce genre de vocabulaire a fini par venir parfois, disons assez naturellement. Il m’est donc arrivé d’en user ‘in real life’ comme on dit – fort peu à dire vrai – et par jeu - car je suis plutôt de nature à éviter le conflit.
      Néanmoins pour le peu que je l’ai expérimenté, l’effet est surprenant : plutôt de la sidération… Et le mérite est que ça casse net l’escalade verbale. Quant à la satisfaction que l’on en retire, je suppose que cela dépend de chacun (pour ma part je trouve que cela présente l’avantage de pouvoir dire les choses tout en se préservant d’ordinaire de pénibles effets secondaires).
      Quant aux jurons, lorsqu’il m’arrive de dire : « Par les sangs ! » (c’était là le juron préféré de mon personnage), plutôt que « Putain ! », je trouve cela sonne tout de même plus classe…

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  7. Le scélérat, la scélérate et la scélératesse.

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    1. L'air de rien c'est tout de même plus élégant. Surtout la scélératesse.

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  8. Chère Ms. V.
    J’ai vu que vous aviez ouvert cet espace spécialement consacré à la transgression verbale, que pour ma part, dans un monde de cannibales sous « angel dust » et de découpeurs gais canadiens — sans parler des miliciens de tout acabit qui sévissent (et sévices, aussi) un peu partout sur la planète —, je trouve plutôt vénielle.

    Vos honorables correspondants ont donné leurs insultes, qui sont charmantes — mais l’insulte doit-elle être charmante ?

    Dans le genre de l’invective — si l’on excepte le genre « littéraire » — ma préférence va au rustique et au brutal :

    « Sac à merde ! », que j’imagine prononcée par Gabin, par exemple dans Le Baron de l'écluse, et dont, après vérification sur Internet, j’ai vu qu’elle avait été encore récemment utilisée par un joueur de football colérique, me paraît satisfaire à cette double exigence.

    Vous dites n’avoir usé d’aucune des insultes que vous citez : on vous croit.
    Dans ce cas le :

    « Ta gueule, sac à merde ! » risque de vous paraître très enivrant, un peu comme un passage brutal du Champomy à cette « vodka » que les russes tirent du kérosène…

    Si vous complétez le message au monsieur dont il est question par un : « T’es qu’une sale pute ! », je crois que vous atteindrez un seuil très proche du paroxystique, qui vous enchantera pendant quelques jours ; et même à chaque fois que vous y repenserez.

    Permettez-moi de vous conseiller le gaz OC, qui stoppe les ours, à l’inverse du CS, moins sûr (il vaut mieux être prudente…).

    Les Palm Defender, Key Defender & Street Defender sont trois excellents produits de AS (rien à voir avec notre A.S., je vous rassure : nous ne sommes pas, en plus, marchands d’armes, même au détail) qui devraient équiper toutes les dames — même celles qui ne font pas de jogging : ils servent accessoirement de porte-clefs (il faut bien ranger ses clefs quelque part…) et également de Kubotan, au cas où il vous viendrez l’envie de finir le travail sur votre insulté devenu votre agresseur…

    Croyant que les insultes que nous font — ou nous ont fait — nos semblables et le monde sont très nuisibles à nos jouissances qu’elles inhibent (en masochisme), ou qu’elles envenimement (en sadisme), je me permets de vous souhaiter de vous débarrasser de ceux qui vous nuisent, vous ont nui, vous nuiront, et vous enragent — en souhaitant n’avoir été moi-même pas trop importun.

    Enfin, si vous ne deviez retenir qu’une chose de mon propos, souvenez-vous de l’A.S…

    Veuillez accepter, chère Ms. V., mes respectueux hommages

    Vaudey

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    1. Oh mais vous n'y êtes pas du tout ! Il ne s'agit pas de se défendre et à peine d'attaquer. Ce serait plutôt faire la maline, être mal polie, faire la sale gosse en fait. Voilà de quelle manière je considère l'insulte, une sorte de "dévissage" instantané et totalement imprévisible, qui tire en plein vol et paf ! Ensuite, regarder le tas de plumes tout ratatiné au sol et passer son chemin.

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  9. Pour paraphraser Chateaubriand, je dirai que je ne distribue les insultes qu'avec parcimonie en raison du grand nombre de nécessiteux.

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  10. — les passions affirmatives2 juin 2012 à 15:50

    J'ai écrit "fait" au lieu de "faites" ; désolé...

    Vaudey.

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  11. Chère V.
    Lorsque vous utilisez ci-dessus l'expression "faire la maline", est-ce un hommage appuyé à Rimbaud ? Dans l'affirmative, c'est réjouissant. Et dans la négative encore plus !

    http://nuageneuf.over-blog.com/article-rimbaud-la-maline-62667869.html

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