jeudi 31 mai 2012

Check up - 1

A ma connaissance, il n'y a pas de jolis gros mots, mais paradoxalement ils font un bien fou quand on les prononce. Après un traumatisme crânien frontal ou sous l'effet du syndrome Gilles de la Tourette, il est admis que la formulation de gros mots est un symptôme inhérent à l'atteinte neurologique et non le fait conscient d'une personne dite "normale".
Tout bien considéré, et une fois passé l'effet de surprise, une espèce d'envie peut survenir devant l'étendue lexicale de cette étrange capacité de dépassement du ça au-delà du Surmoi - comme l'a décrit Freud pour les psychotiques. Parfois, on aimerait oui, on jubilerait même, passer pour un neuropathe, de sorte que le langage en soit complètement désinhibé.
Personnellement, il y a des grossièretés que j'adorerais pouvoir dire. Par exemple, j'aime beaucoup « ta gueule! ». Dans cette toute petite phrase, toutes les conséquences sont satisfaisantes : a priori un départ immédiat de l'invectivé, et la jouissance inestimable d'avoir mis un bourre-pif à la vanité de se vouloir "aimable".
A un amoureux qui reviendrait après quelques escapades douteuses, le « dégage connard!»  me semblerait du meilleur effet, même si « dégage! » se suffit à lui-même et qu'il reste encore l'autre joue à tendre. Mais la pire des pires de toutes les injures, c'est de dire à un type qu'il est une « sale pute », gros mot féminin qui n'a pas une grande portée quand il s'agit d'un métier, mais qui en a beaucoup pour décrire un homme - ou du moins ce qu'il en reste. Là on atteint les sommets de la disqualification toutes catégories. C'est ma préférée. Je ne l'ai jamais dite à personne et pourtant j'y ai pensé. Les autres non plus d'ailleurs, je ne les ai jamais dites. C'est un grand regret de ma vie. La proximité du changement de décennie est toujours une période de bilans.

lundi 28 mai 2012

Les ornements du silence


Au travers de l’air surchauffé passent les mouches. Un oiseau traverse en plongeant vers les toits, une radio lointaine donne la météo, un carillon tinte dans la brise et, plus près, Satie joue. 


dimanche 27 mai 2012

samedi 26 mai 2012

Remède à la sottise

Chat possessif


On passe de riches heures dans les pages de ce petit livre accueillant, savant, drôle et sans manières de François Bott : « Le cousin de la marquise », conseillé par un ami dont il faut dire qu’il rassemble ces mêmes qualités. 
Dans cet ouvrage, François Bott nous invite à parcourir trois siècles de littérature française, de Villon à Voltaire, et son écriture pétillante procure un tel plaisir de lecture que l’on voudrait que ces siècles s’éternisent.
A lire dans un hamac en s’obligeant à des petits sommes pour le supplice de le suspendre, le délice de le reprendre, et mieux le faire durer.

jeudi 24 mai 2012

American derviche


mardi 22 mai 2012

Happy hour

Il dit : «  Ah, il pleut, y’a des gens partout, mais je suis trop content de te voir ! » et pour peser ses mots, il toucha sa main.
Ils étaient assis côte à côte sur une terrasse de café bondée, face au carrefour. Devant eux les voitures n’avançaient plus, les klaxons faisaient concert pendant que des passants se dirigeaient vers les cinémas et d’autres sortaient des magasins. Des touristes en cirés levaient le nez vers les plaques des rues en se tordant le cou sous leur chapeau de pluie. C’était un vendredi soir à l'happy hour.
« N’empêche, j’ai vraiment l’air de rien, on dirait un croque-mort... C’était le frère de Martine, celle que tu connais, mais si, tu te rappelles, la petite brune». Il la décrit. « Oui, c’est triste, mais il était malade depuis longtemps. Le sida ». Il remua la tête en faisant «Mmm mmm ».

Le serveur est arrivé, a demandé ce qu’ils voulaient boire. Elle a répondu et il a ajouté :  « Ah ben oui tiens, bonne idée ! Une bière aussi » en s’esclaffant. « Rhha j’ai pas eu le temps de passer chez moi… mais je me suis dit : bon, déjà je suis en retard… oui j’étais en retard pour l’enterrement… ah ! ça fait bien… j’ai pas eu le temps de passer chez moi, mais comme j’ai toujours une écharpe dans mon sac à dos, je me suis dit que ça ferait passer le noir». Et il avait en effet un sac à dos qu’il venait de sortir de sous la table en le tapotait d’un air goguenard.
Elle le regardait, voyait son profil pendant qu'il parlait. Il avait des yeux bleus encadrés de rides rieuses, des cheveux gris assez drus et, sur les joues, des pattes qu’il avait taillées longues et qui lui donnaient un air un peu rock’n’roll. Le vert de son écharpe lui allait bien.
« Mon fils est puni, il m’a mené en bateau… Il m’a dit qu’il n’avait pas de devoirs la semaine dernière et il a passé son week-end à jouer sur l’ordi… Et cette semaine, y’a tout à rattraper…  Alors j’ai pris son ordi, j’ai tout démonté – il faisait les gestes de quelqu’un qui soulève des câbles et les jette dans une malle – et j’ai appelé sa mère. Elle est tout à fait d’accord avec moi. L’ordi est au grenier, paf. C’est pour ça que j’ai pas pu voir si tu m’avais envoyé un mail, je lui ai laissé mon ordi. Deux heures seulement, parce que quand même, le pauvre gosse, tu comprends. Donc j’ai pas pu voir si tu m’avais écrit. Mais j’attendais, j’attendais… » Et il sautillait sur sa chaise en agitant la tête.
Il but une gorgée de bière et dit : « Eh mais il n'y a encore que moi qui parle… alors que là, je devrais te prendre la main et te faire des bisous… ». Et elle demanda où il en était de ses projets d’écrire des pièces de théâtre. Son cou alors s’enfonça entre ses épaules et il dit d’une voix subitement calme que ce n'était pas une bonne idée. Après quelques secondes, il reprit : « Tu vois les gens là, et bien ce sont des Finlandais ». A ce moment-là un couple passait devant eux : l’homme brun et râblé fouillait un plan de la ville tandis que la femme, brune aussi, frottait du pouce la vitre de son Iphone. A cette distance, il ne les avait pas entendus parler. Elle le regarda d’un air étonné. « Mais oui, en Finlande, il y a eu des invasions espagnoles et eux ce sont des descendants en ligne directe des Espagnols. C’est un peu comme Martine, mais Martine elle est vraiment Espagnole ». Et il reprenait sur autre chose qu’il venait de voir, sur une pensée qui surgissait et ainsi, sans arrêts.
Alors qu’ils semblaient peu se connaître, il avait pris le parti de chercher à la faire rire. De loin, on voyait bien qu’elle souriait par politesse ou, parce qu’elle avait un air légèrement snob, pour ne pas paraître hautaine. Il parlait assez fort, faisait des gestes amples et jouait une sorte d’improvisation de l’instant, tant et si bien que elle, elle finissait par disparaître et n’être qu’une spectatrice noyée dans l’obscurité d’un cabaret.
Quand elle se leva, elle dit : « On va dîner ? Je suis un peu fatiguée ce soir, je ne voudrais pas me coucher trop tard ».

mercredi 16 mai 2012

En voyage avec Stefan

Pour un voyage dans le siècle passé et des rencontres avec les figures les plus représentatives de ce qu'il a compté d'intelligences, il y a cet ouvrage de Stefan Zweig à lire absolument. "Le monde d'hier", ce sont ses mémoires écrites au Brésil, peu de temps avant son suicide. Il y raconte sa vie de jeune homme à Vienne puis ses voyages, presque des fuites, le choc des guerres, la violence et la déshumanisation, avec une finesse d'analyse éclairante qui donne à réfléchir sur le monde d'aujourd'hui. 

lundi 14 mai 2012

dimanche 6 mai 2012

Fly me to the beach

Ce soir, si on entend Bella ciao! ce sera à la source.



Italia é bella, italiani belli - Assimil leçon 1 - Pas facile à placer.

jeudi 3 mai 2012

Produit d'une poussée, non d'une intention


De la prose? Des vers à pieds ? Retirer les ponctuations? N'utiliser que des verbes d'action, à l'américaine? Bien suivre les règles ? Ne pas les suivre ? Radoter ? Elaguer ?
Qu'est-ce qui donnera le style ? Et puis tiens, d'ailleurs, qu'est-ce que le style ?
Dire de quelqu'un qu'il écrit bien ne veut rien dire. Tout le monde écrit bien dès qu'il ne fait pas de fautes.
Alors j'ai fouillé sur le net et ai trouvé cette conférence d'une heure et cinq minutes donnée par Marie Darrieussecq qui nous dirige vers Barthes.
De son exposé, je retiens ceci en guise de tentative d'éclaircissement : « Quel que soit son raffinement, le style a toujours quelque chose de brut : il est une forme sans destination, il est le produit d'une poussée, non d'une intention, il est comme une dimension verticale et solitaire de la pensée. Ses références sont au niveau d'une biologie ou d'un passé, non d'une Histoire : il est la "chose" de l'écrivain, sa splendeur et sa prison, il est sa solitude ».
Et ceci : « Des images, un débit, un lexique naissent du corps et du passé de l'écrivain et deviennent peu à peu les automatismes mêmes de son art. Ainsi sous le nom de style, se forme un langage autarcique qui ne plonge que dans la mythologie personnelle et secrète de l’auteur ».
C'était une question simple pourtant...

mercredi 2 mai 2012

Consensus mou

On les rapproche et c'est l'Élysée qui s'affale !


mardi 1 mai 2012

Une blonde

Depuis qu'elle est à la retraite, Nicole s'amuse. Avant, c'était une petite ouvrière de la tropopause, maintenant elle fait des réclames à la télé et elle s'est mise au théâtre. Comme toutes les filles de ma bande, c'est une anti-bonnes-femmes. En plus, elle est belle et capable de tout. La preuve par l'image :


Headcharger - All Night Long