lundi 30 avril 2012

Lumières et ampoules

Je le vois bien ma soeur, vous n’aimâtes jamais;
Vous ne connaissez ni l’amour ni ses traits:
On peut lui résister quand il commence à naître,
Mais non pas le bannir quand il s’est rendu maître,
Et que l’aveu d’un père, engageant notre foi,
A fait de ce tyran un légitime roi:
Il entre avec douceur, mais il règne avec force;
Et quand l’âme une fois a goûté son amorce,
Vouloir ne plus aimer, c’est ce qu’elle ne peut,
Puisqu’elle ne peut vouloir que ce qu’il veut:
Ses chaînes sont pour nous aussi fortes que belles.


Camille à Sabine - Acte III, scène 4 
Horace de Pierre Corneille

samedi 28 avril 2012

Palmes et particules

Je reçois aujourd'hui un mail d'une amie qui habite l'île Maurice intitulé : " Indécis... A lire absolument" - en majuscules le "absolument" - et massivement adressé à une longue liste de contacts.
Le contenu du mail est un texte de Jean d'Ormesson chapeauté par "Message aux indécis" et commenté d'un anonyme : "Belle prose pour tous ceux qui sont indécis et au cas où leurs idées pencheraient du mauvais côté". Au demeurant, le propos de ce vieillard qu'est d'Ormesson n'a que peu d'intérêt. Il défend la politique du patron de boîte de nuit en l'opposant à un Hollande un peu bouseux et pas taillé pour la direction d'un État. Si, au soir du 6 mai, il espère être invité au Fouquet's, m'est avis qu'il ferait bien de prévoir un plateau télé le Jeannot.
Dodo - volatile endémique complètement éteint
Il n'empêche qu'en lisant "au cas où leurs idées pencheraient du mauvais côté" j'ai bien failli m'étrangler dans ma tasse de thé et c'est à l'insu de mon plein gré que le curseur de mon trackpad s'est dirigé vers la case "répondre". Quelle était l'intention de mon amie en m'envoyant ce mail ? Elle le cautionnait, sinon à quoi bon?
Mon amie est issue d'une de ces familles bretonnes arrivées au 16ème ou 17ème siècle sur l'île du Dodo et qui, comme les béqués aux Antilles, forment une sorte d'aristocratie insulaire légèrement consanguine mais largement propriétaire.
Revenons à l'intention.
Au cours de mes pérégrinations, j'ai eu l'occasion de rencontrer des Français installés à l'étranger et, souvent, il s'est trouvé un moment dans une soirée, près d'une piscine, au bord d'une plage ou dans le patio d'une villa, pour que vienne s'introduire le sujet fâcheux de la politique et de la situation économique de la France. En tant qu'invitée, j'écoutais les uns et les autres en opinant d'un sourire niais ou d'un gloussement stupide, meilleur rempart au fatal "Qu'en pensez-vous?". Ainsi, telle une potiche, je pouvais tout à loisir me gargariser de conversations édifiantes sans être dérangée.
En réalité, la politique française est le sujet préféré des expatriés et des descendants de colons. A Tahiti, Libreville ou Flic en Flac, ce n'était que rébellion contre l'intolérable invasion des étrangers, la gabegie de la sécurité sociale, les dépenses honteuses en faveur des éternels assistés. On s'insurgeait, convoquait la morale, invoquait la nécessité d'une reprise en mains drastique des négligences de l'État providence.
Ces gens, exilés parfois depuis des années et absolument par choix, portaient sur leur patrie un regard hautement critique sans subir pour autant les inconvénients d'y vivre et surtout sans contribuer à enrayer le déclin en cours. Exemptés d'impôts et de taxes, vivant comme des nababs sous des tropiques enchanteurs, ces petits sires en shorts revendiquaient pourtant le droit de la ramener autour d'un drink et, plus tard, en se rendant aux urnes.
Par ce mail, je découvrai que, à la manière de Stéphane Hessel mais avec un objectif bien différent, la voix caduque d'Ormesson avait trouvé son public en séduisant, au nom de ses palmes et de sa particule, un Gotha de désoeuvrés confits par le soleil et les eaux un peu trop chaudes. 
Ce n'est qu'après avoir cliqué sur "envoyer" que j'ai pris conscience qu'à l'avenir il me faudrait plutôt envisager des vacances à Lille, chez Maurice.

jeudi 26 avril 2012