lundi 31 décembre 2012

De l'engagement

Une découverte pour terminer l'année. C'est un insolent, un iconoclaste, en bref un drôle de bonhomme. Henri Guillemin, historien bavard et passionné, dépèce les idoles et l'idée que nous nous en faisons sans manquer d'humour.
Les conférences de Guillemin sont toutes à la fois savantes et cocasses. Ici, c'est de Rimbaud dont il est question, mais on peut aussi trouver les portraits de Napoléon et de Jeanne d'Arc.
Enjoy !



mardi 18 décembre 2012

Accords


mardi 27 novembre 2012

Coproculture

Sur son blog, Constantin Copronyme cite puis commente cela :

Le grand style 22

"J'ai ressenti une violente envie de chier."
(Annie Ernaux, L'Événement — in Écrire la vie, Gallimard/Quarto, p. 308) 
C'est un peu court, Madame, comparé aux quelque soixante-dix pages du premier chapitre de Lauve le pur. Chez Millet, la débâcle intestinale prend des dimensions picaresques et métaphysiques. Le souffle et le style peuvent susciter, on le comprend, une certaine jalousie de la part des écrivaillons constituant le gros du houraillis qui clabaude à vos côtés et réclame sa curée.

Il y a quelques années, j'avais tenté de lire « Se perdre » de Annie Ernaux. Sans attendre la page 99, j'avais déjà placé l'objet sur un site de ventes d'occasion en espérant au moins me faire rembourser cet achat malheureux. Hélas, ce navet n'avait intéressé personne et j'ai fini par le cacher pour ne plus le voir.
Le billet de Constantin Copronyme a réactivé ce vieux sentiment de rejet voire d'écoeurement pour une certaine littérature féminine sans grâce, hommassinée par la nécessité de jouer des  biceps sur le ring de la foire aux livres ou pour l'attribution de prix littéraires. Le style d'Annie Ernaux est carnassier et naturiste. Elle montre de la voracité, de l'outrance, dévoile ses plis et replis pour donner de la matière. Cette sorte de débauche intime mais sans talent est un symptôme. Les sphincters ne tiennent plus. 
Dans les années 60, Piero Manzoni s'était fait remarquer pour son oeuvre intitulée Merde d'artiste dont l'argument consistait à réfléchir sur la valeur de l'art, dans la lignée des ready-made de Marcel Duchamp. Ainsi toute production artistique, production issue d'un artiste jusque dans ses déjections, serait un geste artistique inestimable. L'acte de création, réalisation humaine sublime par nature, offrirait donc à tout individu suffisamment malin d'accéder à la notoriété avec la bénédiction de tous, au prétexte que l'artiste peut tout se permettre. Avec sa boite à caca, Manzoni semble se moquer du public, mais pose tout de même une question pertinente. Quant à la cyprine d'Ernaux lâchée au quatre vents, si elle excite le chaland ce n'est que pour un effet sans conséquences hormis sur le Guinness' book des imposteurs.

mercredi 14 novembre 2012

Fancy, smart and frenchy



Mesparrow une fille à suivre


dimanche 11 novembre 2012

Rien à regretter


Jusqu’à ce que ma référence masculine m’apprenne que si je tombais en panne sur le périf je serais obligée d’appeler une dépanneuse et non un ami, je trouvais la condition de célibataire logistiquement difficile. Durant mon enfance, on m’avait enseigné que c’était un bonheur d’avoir un mari bricoleur et c’est cet aspect de la vie de couple qui me semblait le plus irremplaçable. Si je trouvais bien des avantages au célibat, j’avais conscience de ses limites. Et là, en une minute, tout a basculé : je n’avais vraiment besoin de personne puisque même un débrouillard de première ne pourrait me secourir sur la bande d’arrêt d’urgence.
Tout en sirotant son café, ma référence masculine me dit : « La vie de couple anéantit l'individu, le détruit. On passe son temps à écraser l'autre. Il n’y a que les célibataires pour en avoir envie. Ce qui est sûr, c’est que si je quittais ma femme je vivrais évidemment tout seul ».
Au même endroit la semaine suivante se trouvait une amie : « Je crois que les hommes et les femmes n’ont rien à faire ensemble. Ce sont deux mondes tellement différents. Mon mec je pourrais bien m’en passer… C’est presque accessoire au fond ».
En regardant le fauteuil vide où ces deux-là s’étaient assis, je me demandais pourquoi alors ils persistaient. J’étais tentée de les plaindre, non parce qu’ils semblaient insatisfaits mais parce qu’ils préféraient, quand même, supporter de ne pas être exactement à l’endroit qui leur convient.

Photo : Bara Prasilova - Couple
Ce que ces gens avaient de commun c’était l’âge – presque 50 ans – et le fait d’être parents. Ce qui semblait les retenir c’étaient les enfants, la nécessité de leur offrir les apparences de la stabilité et, plus profondément, une espèce de lassitude, une fatigue. Ceci valait autant que cela.
L’un comme l’autre se projetaient quand même, lui dans la solitude et la réduction progressive de tout élément de confort, et elle dans une vie communautaire avec d’autres filles. Si l’un glissait mollement vers sa tombe, l’autre rêvait d’un gynécée gloussant.
A les écouter, je prenais conscience d’avoir évité le pire ma vie durant, car si l’amour bénit les couples pendant les premières années de vie commune, ces deux combattants ne reconnaissaient pas ce qu'ils avaient été dans ce qu’ils étaient devenus.
Qu’est-ce qui avait bien pu leur arriver ? Je gardais plutôt de bons souvenirs de mes propres expériences et trouvais ailleurs que dans l’écrasement d’un tube de dentifrice les raisons de mes sorties de piste. Mais comment alors la vie de mes deux amis était-elle devenue si inintéressante ? N’y aurait-il que des associations uniquement temporairement cohérentes ?

Pour être vivable, le couple a besoin d'accommodements. On abandonne petit à petit les habitudes acquises chez nos parents, à la cité U et, de jour en jour, on se surprend à ranger sa tasse dans le lave vaisselle au lieu de l’oublier au fond de l’évier. On ne lit plus au lit parce que la lumière est gênante pour l’autre, on concède de regarder un match de foot à la télé, on accepte de peindre une porte en vert alors qu’on déteste cette couleur. Et puis enfin, quand l’amour s’essouffle, la résignation prend sa place.
Ceux de mes amis qui ont passé 15 ou 20 ans ensemble sont devenus des colocataires l’un pour l’autre. Souvent, lorsque les enfants sont partis, ils ont repris une sorte d’indépendance, voyagent séparément, développent de nouvelles amitiés. En secret ou pas, ils entretiennent des relations adultères peu engageantes et retrouvent un temps le goût de la séduction. A la vie de couple souffreteuse s’offrent ces pansements qui n’obligent à rien mais ravivent le désir d’exister pour soi-même, sans pour autant s’en aller.
Malgré tout, les célibataires – et particulièrement « la » célibataire – restent des mystères pour les autres. A la fois on leur envie de n’en faire qu’à leur tête et, quand on ne craint pas qu’ils perturbent la tranquillité des ménages, on leur attribue toutes espèces de maladies telles que l’égoïsme, un caractère impossible, la frigidité ou une anatomie déficiente, voire une homosexualité non révélée. Eternels invités impairs des dîners, on s’arrange pour leur présenter un autre déshérité, de manière à former une paire susceptible de s’accorder au modèle le plus représenté. Ainsi, le couple qui reçoit fait sa bonne action du mois, évalue au passage sa propre solidité (quand le célibataire est séduisant) et se distrait à l’évocation de turpitudes jugées adulescentes, sans oublier de se demander pourquoi il est encore tout seul alors qu’il est tellement sympa. C’est ce jugement qui est un frein : le célibataire n'a a priori aucune crédibilité sociale.

Le célibataire quant à lui, s’il est heureux chez lui, dans son travail et au volant de sa voiture deux portes, n’ignore rien des soupçons qui planent sur lui. Socialement, il est l’un des contribuables les plus dégraissés par les impôts et une cible des plus sollicitées par les sites de commerce électronique, de vacances communautaires avec individus du même genre et, puisque supposé délabré psychologiquement – qu’y a-t-il de pire que la solitude ? – passe pour le client idéal. Moins résistant à la frustration, il est aussi plus facile à convaincre car seul à décider. Ce n’est donc qu’au cœur de son univers intime, dans son pyjama en pilou et au milieu d’un désordre sans contraintes qu’il est le moins contestable et probablement le plus envié. A juste titre.
Finalement, dès que la pérennité de l’espèce a été assurée, l’individu n’a plus de raisons de s’obliger à s’ennuyer. A moins que des difficultés économiques s’y opposent, vivre chacun chez soi semble l’alternative idéale à l’épanouissement personnel et, par voie de conséquence, du couple.
Le célibataire idéaliste n’a plus de raison de pleurer sur sa bande d’arrêt d’urgence, il n’est pas plus seul ni démuni que les couples intra muros. Au contraire, il est peut-être l’initiateur d’un genre de vie qui fait de l’amour la motivation unique et durable de la relation, quitte à multiplier par deux les biens de consommation.

mercredi 7 novembre 2012

Dehors - 1

Il faut sortir de chez soi, ne pas porter d'écouteurs et se préparer à une bonne surprise.

Sur le trottoir, une fille tourne une carte du métro en tout sens :
« Pffff, j'arrive jamais à lire une carte... Ce qui serait bien, c'est une carte sur laquelle est écrit : vous êtes ici ».


mardi 6 novembre 2012

La lutte s'organise

D'abord une présentation des avantages de l'objet :



Ensuite, comment inciter à l'utilisation de l'objet. Au top chrono, vous avez 60 jours pour le terminer.




vendredi 2 novembre 2012

Tout est pré-histoire

Le 17 janvier 1994, la terre a tremblé à Los Angeles. Il était 4h30 du matin et je dormais. Précisément, c'était un cauchemar qui m'occupait. Dans le sommeil, au milieu des rêves, de drôles d'images se glissent parfois, comme si d'une manière symbolique elles se battaient contre le sommeil pour nous en faire sortir. Quand on est venu me tirer de mon lit en criant earthquake!, rien ne me semblait plus urgent que dormir. Des lueurs venant de l'extérieur éclairaient vaguement la moquette et je vis que le sommier s'était déplacé au milieu de la chambre, que tout ce qui était suspendu ou posé la veille au soir jonchait désormais le sol. Après avoir attrapé nos vêtements, nous avons dévalé l'escalier de secours dans une obscurité complète et sorti la voiture du sous-sol. Une fois garés à l'abri - dans une rue à distance des bâtiments - nous avons écouté les informations à la radio, tandis que du supermarché tout proche et ouvert jour et nuit s'échappaient des silhouettes désorientées. Plus d'électricité, plus d'alarme. Portes automatiques bloquées, vitres brisées.
La radio répétait des consignes de survie et tandis que surgissaient sur l'horizon des explosions et des incendies, la ville restait étrangement silencieuse et sombre. L'épicentre était tout proche de nous. Des répliques persistaient, on évoquait le big one - comme ils disent - cette commotion fatale qui les excitait tous et qui pouvait survenir à tout moment. Tout était possible, tout était impensable. On a imaginé s'enfuir. Mais jusqu'où et comment ?
Le réservoir de la voiture était vide.
Nous sommes partis à la recherche d'une pompe à essence mais, sans électricité, aucune n'était utilisable. Nos tentatives ordinaires de retirer de l'argent, acheter à boire, téléphoner, étaient devenues impossibles. Nous prenions conscience que nous étions tenus par des machines et totalement dépendants du flux jusqu'ici constant de l'énergie. Quand le jour s'est levé, les poteaux électriques vibraient encore et le bruit métallique rappelait celui des drisses grinçant sur les mâts des bateaux. Nous étions en pleine pétole sur un vaisseau fantôme.
De retour à la maison, le générateur alimentait la radio qui diffusait en boucle des informations censées nous rapprocher du « risque zéro », programme aussi obsessionnel que vain chez ce peuple ultracivilisé.
Dans cette mégalopole américaine parmi les plus modernes, les plus équipées, les plus habitées, baignée en permanence par un soleil strident, un séisme d'une magnitude de 6.7 avait fait de nous des déshérités car, pour nous, la terre ne serait plus jamais ferme à cet endroit-là. Ainsi, tout ce qui jusqu'à ce jour avait paru stable et fiable prenait un air d'intranquillité.
Ce n'est que beaucoup plus tard, quand les vibrations laissées par un camion qui passe nous troublent au-delà du raisonnable, que l'on prend la mesure du traumatisme. On croit l'avoir absorbé, oublié, anéanti, mais il respire encore. Ensuite, où que l'on aille, on ne peut plus jamais se sentir autrement que minuscule, fragile et dramatiquement mortel.


mercredi 24 octobre 2012

dimanche 21 octobre 2012

Résistance aux mites

Au 5 de l'avenue Marceau se trouve la Fondation Yves Saint Laurent-Pierre Bergé qui abritait la maison de haute couture Yves Saint Laurent jusqu'en 2002. Cette année-là, Yves Saint Laurent cesse son activité sans se chercher de successeur. Ainsi, la maison de haute couture ferme définitivement. La marque fut rachetée puis revendue à maintes reprises par des groupes financiers et ne subsistent aujourd'hui que le prêt-à-porter sous l'égide du groupe Gucci, tandis que les cosmétiques sont détenus par L'Oréal.
En fermant sa maison, YSL fait un gracieux pied de nez aux imposteurs. Par cette décision, il n'aura pas laissé à Gucci, connu pour ses orientations porno trash, ni à  L'Oréal, promoteur de jus ordinaires, voire vulgaires, la possibilité de s'approprier l'esprit de la griffe. Qu'en auraient-il fait ? Yves Saint Laurent a révolutionné la couture en donnant aux femmes le trench, le caban, le tailleur pantalon, le blouson de cuir, autrefois réservés aux hommes. Surtout, c'est par la force de l'émotion qu'il a participé aux mutations de la société toute entière. Aujourd'hui, alors que les stylistes s'appliquent à habiller les femmes comme des putes, ce n'est plus la beauté qui préside, mais la sexualisation des atours. Ainsi, le propos est d'exhiber ce qu'il y au fond des culottes et de se présenter aux autres sous un angle uniquement sexualisé. On prétendra qu'une telle provocation est une affirmation, or c'est strictement l'inverse.


La visite de la Fondation présente les salons d'essayage, au premier étage de cet hôtel particulier Napoléon III, surveillés par un portrait au graphite de YSL par Andy Warhol. Sur les murs quelques photographies, et au centre un divan de velours vert où l'on imagine que d'illustres séants se sont agités. On reste longtemps dans cette pièce à écouter la guide refaire l'historique de la maison. Puis on se rend au "Studio", longue pièce blanche aux murs couverts de livres d'art, où travaillait Yves Saint Laurent. Sur des mannequins, des vêtements sont exposés, tous inspirés par la peinture : Mondrian, Braque, Van Gogh. Sur un portant, des vêtements blancs alignés attendent de se trouver une couleur. C'est ainsi qu'il travaillait: à partir d'un prototype blanc, pour la forme, il choisissait le tissu et les couleurs. Comme souvent dans ce genre d'endroits (la villa de Dali à Port Lligat donne la même impression), on a laissé trainer ici et là les objets familiers de l'artiste : ses lunettes, une blouse blanche, quelques croquis, quelques petits mots, quelques photographies. Tout est agencé de sorte qu'on puisse imaginer qu'il sort à l'instant de la pièce. Il y a pourtant là quelque chose de morbide, de fossilisé, de tragique. Après une recherche de vidéos d'époque, on voit que le décor était bien plus vivant que dans cette vitrine saugrenue.
La personnalité d'Yves Saint Laurent incite à se documenter et comme une conclusion, il y a ce lien vers une vidéo relative aux dernières années de YSL, dont Pierre Bergé interdit la diffusion.
On termine la visite par la galerie où sont présentées jusqu'au 27 janvier 2013 les oeuvres de Jacques-Emile Blanche, portraitiste de salon apprécié de la bourgeoisie du début du XXème siècle et bien connu pour son Proust. On dit de lui qu'il a su exprimer toute la psychologie des personnages et qu'il fut d'ailleurs refusé, pour cette raison, par une mère commanditaire voyant dans le portrait de son fils une insupportable féminité.
Quand on sort de cette visite, il y a comme un sentiment de trop peu. On n'a vu que quatre robes, un canapé vert, quelques dessins et une mise en scène convenue. La Fondation tiendrait davantage d'un cénotaphe que d'un lieu où survit l'esprit d'un créateur de génie et l'ensemble de la présentation, exposition de Blanche comprise, ramène certes à un monde raffiné, luxueux, civilisé mais définitivement perdu. Ici, le mouvement s'est figé pour toujours.

jeudi 11 octobre 2012

Soif

mercredi 10 octobre 2012

Mélancolie et modernité

C'est aujourd'hui que commence la rétrospective Edward Hopper au Grand Palais. 

Couple buvant - Paris - 1907


lundi 8 octobre 2012

Poings liés

On nous dit que nous avons de la chance d'avoir du travail. En effet, travailler permet de gagner l'argent nécessaire à se loger, se nourrir, préserver sa bonne santé et, selon le niveau des revenus, à se distraire. De fait, il est question d'épanouissement personnel. L'entreprise, lorsque c'est le cadre du travail, serait donc promotrice d'un grand complexe de l'art de vivre avec mise à disposition de tout l'attirail nécessaire au bonheur: ici, des locations de vacances, là des tickets de cinéma à prix réduits...
Si on nous dit que nous avons de la chance d'avoir du travail c'est parce que, d'après les nouvelles, il se fait rare. Ainsi nantis, nous serions des ingrats de nous plaindre, de manifester un quelconque mécontentement, pire de nous insurger. L'esprit du moment est donc à la collaboration, à la bonne volonté et à une certaine passivité bienveillante.
Cependant, lorsqu'il arrive qu'un électron libre décide de porter à la connaissance de tous, qui un harcèlement, qui une irrégularité de traitement, c'est tous ensemble que cadres et subordonnés organisent naturellement l'expulsion de l'électron trop libre. C'est un peu comme éradiquer le développement anarchique d'une cellule cancéreuse s'attaquant à un organe sain.
Pour donner un certain crédit au processus d'élimination, on s'attaque à la personnalité de l'individu réfractaire afin de faire oublier à l'ensemble du groupe que sa plainte est légitime et que l'on défend des principes. Ainsi, la loi qui s'applique à tous est étouffée sous le cas particulier jusqu'à ce que chacun admette que "c'est bien fait pour sa gueule".
On sait maintenant que la plupart des entreprises prévoient des budgets opaques destinés à payer les indemnités au salarié déposant plainte aux Prud'hommes. Ainsi, on se débarrasse du salarié, on règle les pénalités et, bénéfice non négligeable, on inocule l'idée à l'ensemble des employés que s'ils manifestent, certes ils gagneront leur procès, mais ils perdront leur emploi. Ainsi on détourne les règles du code du travail qui, face au pouvoir de l'argent, ne sait plus protéger le salarié et enfin, à l'intérieur du groupe, on anéantit le principe de solidarité.
En vérité, l'entreprise ne promeut pas l'individu, elle cultive en rangs serrés de bons petits esclaves, dont je suis. Reste le choix de claquer la porte et d'être au moins digne à ses propres yeux...


mercredi 3 octobre 2012

mercredi 26 septembre 2012

Disgrâce

Aphrodite et Psyche
A la réflexion, la beauté dérange. A moins de s'y reconnaître, ce qu'elle révèle quand on l'observe ce sont nos travers, ceux que l'on ne s'avoue qu'en secret. Un peu comme ces confidents que l'on rejette une fois l'épreuve passée parce qu'ils ont été témoins de nos faiblesses, la beauté nous renvoie à notre conscience. Elle est le mauvais ami. 
Parfois nous la croyons insensible, non parce que l'objet  - qu'il soit humain ou matériel - paraît flotter au-dessus du sol dans son authentique présence, mais parce que, par sa nature même, elle semble nous ignorer. Pourtant, la beauté n'est pas indifférente, elle n'est simplement ni de ce temps ni de cet espace.
La beauté n'est pas plastique. La beauté c'est l'intelligence éclairant un visage, c'est la grâce d'un geste presque imperceptible, c'est un regard qui s'introduit sans malice à l'intérieur de l'âme de celui qui l'observe. Dans l'Art, la beauté est un blanc, un arrondi, une ligne, un détail essentiel. La beauté est un signe de vie au milieu du néant. Il n'y a en elle aucune intention, ni rien d'ostentatoire ou de superflu, il n'y a qu'une étrange vérité.
Perçue comme inatteignable et impréhensible, la beauté suscite la jalousie. Ce sentiment venu de la plus obscure frustration du coeur est inconnu de la beauté et c'est pourtant à elle qu'elle se frotte à chaque instant. La beauté, ignorante de ces mouvements sournois, n'a d'arme pour se sauver que la distance et la solitude.
Cette réflexion m'est venue, non à la lecture de l'excellent ouvrage de Frédéric Schiffter « La beauté - Une éducation esthétique », mais après m'être étonnée de quelques réactions qui le commentent et qui sont des aveux d'indigence. A la profonde affliction que me causent les pensées malheureuses, j'ai préféré le plaisir que nourrit la présence des belles choses. Aussi, je ne saurai trop conseiller la lecture de cet ouvrage et le très beau billet de son ami Jérôme Leroy qui en propose une analyse fine, éloquente et définitive. Point de flagornerie, n'en déplaise, mais l'hommage humble rendu à un talent surdoué.


samedi 22 septembre 2012

Impeccable

Fragment de "Cage"
Entrer au musée sans s'être documenté au préalable sur un artiste et sur son oeuvre est le risque que j'ai pris hier en me rendant au Centre Pompidou. Il y avait foule pour admirer la rétrospective Gerhard Richter qui s'y tient jusqu'à demain.
L'exposition intitulée « Panorama » présente l'ensemble de l'oeuvre de cet allemand de 80 ans dont on dit qu'il est un artiste majeur de l'art contemporain. J'ai donc traversé les salles naïvement, en ne connaissant de lui que cette phrase que, semble-t-il, il aime à dire : « je n'ai rien à dire et je le dis ». Or, chaque oeuvre ou presque est commentée sur le cartel qui l'accompagne, et étrangement ce sont des déclarations de Richter.
Dès l'entrée, on observe une grande variété de thèmes et de techniques ou l'hétéroclite l'emporte sur l'éclectique. Contrairement à d'autres artistes dont on distingue la progression ou les changements d'orientation au cours du temps, Richter propose un travail axé sur l'expérimentation incessante de médiums et de supports, ce qui donne une impression de beau bazar. Cependant, quoi qu'il fasse il le réussit, la technique est absolument parfaite, on se trouve devant des élaborations hautement triturées dont l'effet sur l'oeil est saisissant.
Tant sur les grands formats, merveilleux nuages dans la nuit, noirs et blancs floutés à la manière du sfumato, que sur les reproductions de photographies ou les photographies repeintes, on s'interroge à chaque fois sur ce que l'on voit. Le figuratif est dramatiquement réaliste et l'abstraction d'une densité incarnée. S'agit-il d'un cliché ou de peinture? On s'approche et, que la surface soit lisse ou griffée - découvrant ainsi de nombreuses couches de matière, on est devant une illusion optique qui agace l'oeil de sorte qu'il ne puisse se retenir de fouiller les profondeurs.
Par les cartels toujours, on situe l'artiste dans son temps et son histoire, indissociable du XX° siècle de l'Allemagne. Sa peinture témoigne des événements par l'usage qu'il fait des photos de famille, de l'enrôlement de ses oncles dans l'armée nazie, tandis que sa tante, débile mentale, était envoyée en asile psychiatrique dans le cadre du programme eugéniste. Plus loin, ce sont les portraits des terroristes de la bande à Baader, représentés alors qu'ils viennent d'expirer dans une obscurité qui suggère, interroge ironiquement sur la valeur des Idées par rapport à la vie.
En sortant de l'exposition, me restait l'éblouissement de la virtuosité, mais je ne rapportai chez moi aucune, absolument aucune émotion. M'est venue à l'esprit l'hypothèse que sans l'imperfection, le dérapage, l'asymétrie, le ratage - particularités sensiblement humaines, l'oeuvre d'art ne puisse être qu'un balbutiement, même si elle semble achevée.

jeudi 20 septembre 2012

vendredi 14 septembre 2012

samedi 8 septembre 2012

Philosophie de trottoir

Nous étions tous les deux sur le bord du trottoir sous les grands arbres du jardin public et il me disait : « Ah comme c'est triste, comme je vous plains ». Il s'était arrêté près de moi quelques minutes avant et observait en les commentant les manoeuvres de la dépanneuse. Il s'insurgeait, disait: « ça mérite la prison des trucs comme ça ». Je le regardais, un peu surprise par tant d'empathie, supposant que pour les anciens une voiture ce n'est pas rien, que c'est le travail de toute une vie. C'était un petit homme barbu avec des poils roux jaillissant sur l'arête du nez et un regard clair d'une extrême naïveté. Je lui ai demandé s'il habitait dans le quartier et il m'a répondu qu'il était SDF, que le jardin public était son QG, mais qu'il avait quand même un squat. « Ah bah oui ! ».

Il devait être vers les 3h du matin quand ils avaient frappé à ma porte. Quelques minutes plus tôt, l'air s'était empli d'une odeur âcre de caoutchouc brûlé. Le souvenir ancien, mais tenace, de la proximité d'une mort imminente dans les fumées d'une poussette en train de se consumer m'avait alors fait bondir de mon lit. Y avait-il un incendie dans l'immeuble? Ou alors c'était dans la rue, une roue qui brûle, un scooter, une voiture ? Ma voiture? Non! Je regardai par la fenêtre, mais à part quelques percées lumineuses sur les murs, rien. Pas âme qui bouge.
Je suis retournée dans mon lit, ai repris le navet dont je m'obstine à terminer la lecture et c'est là qu'ils ont frappé. Ils ont crié « Police !» comme si j'étais sourde et en leur ouvrant j'ai vu qu'ils avaient, encore plus que les manières et le bleu marine, la tête de l'emploi. Ils ont demandé si le véhicule immatriculé bzzz xx bz était bien le mien et, avant qu'ils m'annoncent la couleur, mon cerveau a associé l'odeur de caoutchouc à l'image de ma vieille Thunderbird*.
Elle avait brûlé. La brigade était sur le coup, il n'y avait pas de témoins, on ne savait pas ce qui s'était passé, pas de caméras dans cette rue. Ils ont pris mes papiers, m'ont questionnée sur l'assurance, supposaient a priori l'arnaque, ça se voyait. Puis ils m'ont dit de m'habiller et m'ont accompagnée sur les lieux.
Mon auto n'était plus qu'une carcasse squelettique, une espèce de sauterelle desséchée effondrée sur un mélange infect. L'arrière et l'avant des deux voitures voisines avaient fondu, la peinture de la grille du jardin public était roussie. Ma voiture, pourtant insignifiante, avait été visée et aucune autre.
Ils étaient cinq ou six policiers, en civil ou en uniforme, l'un prenait des photos, le talkie-walkie grésillait. Au même moment, un homme venait de sauter dans la Seine, deux d'entre eux sont partis sur leurs pétrolettes.
Le capitaine de la brigade, un grand type au crâne rasé où subsistait l'ombre d'un scalp planté bas sur le front, a fait l'éloge des moteurs Honda, increvables disait-il. J'ai fait remarquer que nous étions devant les restes de ma voiture, quand même.
On m'a proposé d'aller au commissariat pour déposer une plainte et je me suis retrouvée devant un inspecteur empêtré dans un nouveau logiciel, tandis que le capitaine cherchait pour moi une Honda sur les sites d'occasion. Comme dans les séries policières de la télé, il avait croisé les jambes sur son bureau et basculait dans son fauteuil comme un type qui en a vu, du moins c'était le genre qu'il se donnait. Il était question d'envoyer le labo pour analyses alors que je recensais intérieurement les hypothèses du désastre. Le téléphone n'arrêtait pas de sonner, le labo ne viendrait que si un inspecteur avait un portable pour communiquer. Le capitaine a répondu qu'il n'était pas question d'utiliser son téléphone personnel puisque le commissariat n'en disposait pas. J'ai proposé le mien un peu pour me moquer, un peu pour qu'ils arrêtent leurs conneries. En m'indiquant la sortie, l'inspecteur m'a fait remarqué que je prenais les choses avec philosophie, alors que pour moi tout était absolument surréaliste.
Le lendemain, la dépanneuse faisait son office devant un Suisse en quatre-quatre blanc immaculé qui attendait pour prendre la place, coincé entre les klaxons d'automobilistes impatients et les hurlements de sa fille jurant que ça allait exploser à cause de l'essence. Des japonais prenaient des photos de la scène et le SDF me demandait finalement une petite pièce en s'engageant à mener l'enquête auprès de ses copains de la rue. 
En la voyant disparaitre au virage, je pensais au joli nuage rond au-dessus de l'autoroute. Pour un temps, ne pas avoir de voiture serait une trêve dans la lutte contre le racket de la police municipale, j'allai y gagner en tranquillité.

*petit nom de mon auto

samedi 1 septembre 2012

L'évasion


Dans le ciel au-dessus de l'autoroute, il y avait ce petit nuage suspendu. On l'aurait dit accroché sur un fil à linge ou égaré comme une note sur les cordes d'une partition incomplète. Il était là en plein milieu de la perspective, tandis qu'au-dessous de lui s'opérait la grande transhumance vers le nord des teutons, des saxons, des bataves et de mon intrépide Thunderbird.
Tous, au même moment, nous rentrions vers les villes, comme nous avions été pour un temps côte à côte sur les plages, aux terrasses des cafés ou dans les campings. Prévisibles, organisés, perpétuellement pressés, nous avancions massivement sur la route comme un troupeau regagnant sa bergerie, persuadés sous l'habitacle de nos carrosses d'être seuls au monde, différents forcément du prochain, alors que nous allions tous dans le même mouvement et vers le même but. Sans ce petit nuage douillet, à l'apparence légèrement bondissante, il n'y aurait eu que la route, que des bicyclettes amarrées aux voitures, que des caravanes dandinantes, que des témoins de freinage intempestifs. Mais il y a eu ce nuage et seulement ce nuage, et même la musique dans les oreilles s'est évanouie.
Derrière lui, les deux traces parallèles marquaient le couloir suivi par deux avions aiguillés pour suivre un niveau et une ligne. Aucune distraction possible dans le fonctionnel et la vitesse. Pourtant, ce nuage si impeccablement posé sur l'azur, si lent dans son déplacement, si immuable dans sa forme, me rappelait le temps des départementales quand, allongés dans l'herbe les yeux ouverts à l'ombre des saules, nous suivions le passage des nuées dans la stridulation des criquets, tandis que les fourmis s'emparaient des restes du pique-nique. Alors, j'ai pris la voie de droite et j'ai ralenti. Il n'y avait aucune raison de se presser.

jeudi 30 août 2012

Al fondo Alfonso

Le robot de la piscine avait tourné depuis le matin jusqu'au soir sur le fond du bassin. En cette journée ensoleillée, je suivais distraitement son trajet avant d'apercevoir à la surface un lézard qui flottait, se laissant dériver sur le clapot comme s'il faisait la planche. L'animal semblait mort.
La distance séparant le robot du lézard paraissait suffisante pour qu'une intervention fut efficace, l'aspirateur n'aurait pas le temps de l'atteindre. J'attrapai donc un balai et c'est lorsque le corps du lézard fut sorti de l'eau qu'il se mit à sursauter, comme après un électrochoc. Le robot continuait sa course sans se soucier ni du lézard, ni de moi et, le reptile disparu entre les buissons, j'entrai dans l'eau silencieuse. De temps à autre, le robot passait tout près, m'assénant le coup sec d'un petit jet d'eau, puis replongeait malicieux comme pour se cacher après une bonne blague. Le soleil transporta mon ombre au fond du bassin et l'approcha du robot dans un faisceau de bulles. Elle dit :
« Robot, cher robot, vous êtes ivre

dimanche 26 août 2012

Un temps parfait




« Est belle toute oeuvre qui me plaît, bien sûr, et, surtout, qui me sied au point de prendre place en moi comme souvenir marquant capable de me charmer longtemps, de me hanter et de stimuler ma réflexion ».

« La beauté - Une éducation esthétique », de Frédéric Schiffter. A paraître le 12 septembre prochain.

Un ouvrage qui restera pour moi inscrit dans un temps parfait.

samedi 18 août 2012

mardi 14 août 2012

Nos pires années


Trente ans sans se revoir. Puisque c’étaient les vacances, elle avait décidé de revenir en France pour faire un genre de tournée d’adieux. Quand on me l’avait dit j’avais ri, elle avait toujours aimé les effets spectaculaires. Elle avait amorcé nos retrouvailles en essayant de s’inviter chez moi, j’avais esquivé. C’est donc par le téléphone d’un vague cousin qui acceptait de la loger qu’elle m’avait fixé rendez-vous.
Il y a plus de trente ans, lorsque nous étions en Terminale, elle avait les cheveux blonds ébouriffés et une allure pseudo punk qui ne trompait personne sur le standing de ses parents. Elle était la fille unique d'un père toujours absent et d'une mère alcoolique. Sa chambre, située à l’étage d’un pavillon de banlieue, me paraissait immense et l’atmosphère pas encore contaminée par l’ennui qui grignotait les murs du rez-de-chaussée, là où sa mère sirotait son gin.
Trente ans plus tard, elle portait les cheveux mi longs et bruns coiffés d’une casquette noire et dorée, une minijupe en cuir et une blouse légère imprimée peau de panthère. Elle n’avait pas grossi, n’avait pas tellement vieilli, mais avait passé toutes ces années en Californie.
Sur la terrasse de la brasserie, elle était assise en face de moi, agitée comme avant, volubile comme avant, impatiente comme avant et je la regardais. Le souvenir – davantage une impression, que j’avais conservé d’elle n’était pas bon, pas bon du tout. Sans me rappeler précisément ce que nous avions pu partager, j’avais gardé une sensation d’étouffer et l’impérieuse nécessité de me dégager d’elle dans les meilleurs délais. Si son initiative présente visait la conclusion, j’étais d’accord. Quant à tisser des liens, pas question.
Elle a voulu boire, a hélé le serveur et demandé la carte, puis s’est levée pour passer sa commande, le service n’étant pas assez rapide à son goût. Devant son verre de Bordeaux, j’ai commencé par lui poser les questions d’usage auxquelles elle répondait largement, s’interrompant de temps en temps pour aller cracher le long du trottoir. Elle tentait de raconter les trente ans qui nous séparaient, son mariage, ses deux mômes, son travail, ses parents morts, son divorce, a montré des photos de son mari, mais ni du fils, ni de la fille. Cependant, elle en avait de récentes, celles des copines de l’Oregon chez qui elle vivait désormais.
Son Bill l’avait quittée. Elle ne se remettait pas de cet échec alors qu’elle s’était sacrifiée pour lui, pour eux, pendant trente ans. Trente ans à faire les comptes, à créer une entreprise, à être clean – alors que Bill fumait beaucoup de crack –, à donner la meilleure éducation possible. Elle s’arrêta pour dire qu’elle avait faim, commanda une assiette de frites sans sel à cause de son hypertension et l’engloutit nerveusement par petits fagots. Une fois rassasiée, elle sortit de son sac une pochette en plastique dans laquelle se trouvait un joint, voulut l’allumer là, tenta en riant de me persuader que maintenant il existait des tabacs parfumés. Elle avala une gorgée de vin, rota, puis s’excusa avant que je lui dise qu’elle était dégueulasse. En la regardant, je pensais à Amy Winehouse, à ce qu’elle aurait été peut-être si elle avait eu 50 ans. Amy sans son talent n’aurait eu aucune excuse.
Au deuxième verre de Bordeaux, elle parlait en anglais, m’interrogeait « Et toi alors ? », mais continuait sur son divorce et sur ses enfants qui lui tournaient le dos, sa fille surtout. Sa surdité me réjouissait. Elle m’expliqua son tatouage à l’intérieur de l’avant-bras : une longue épée intitulée d’une référence à un verset de la Bible : Hébreux 5 ou 6, je ne sais plus. Puis elle parla de sa foi, de Dieu, du Christ.
« Et ton fils ? » demandai-je. Il était inscrit à l’Université, mais avait trouvé une manière de gagner beaucoup d’argent sans faire grand-chose. Les larmes ont commencé à envahir ses yeux, elle a remis ses lunettes de soleil et a conclu : « Il est dealer quoi ». C’est lui qui avait révélé à son père qu’elle avait eu une « indiscrétion » avec un homme de passage. Elle lui en voulait. C’était à cause de cette petite erreur que Bill avait demandé le divorce. Elle disait « indiscrétion » pour alléger le poids de son aveu, rien n’était vraiment de sa faute.
Les souvenirs me revenaient, non parce que nous parlions de notre jeunesse, mais parce que son présent était l’exacte transposition du passé. Elle avait été ma copine de classe parce qu’il y avait dans sa personnalité quelque chose d’exotique et que nous partagions ce goût pour la musique en fumant de l’herbe dans nos chambres. En fait, nous étions un arrangement de circonstance, des larrons en fuite de nos familles qui avaient fini par se séparer plutôt que de se détester vraiment. Si nous ne nous étions jamais revues, c’était sans doute pour cela.


lundi 13 août 2012

Il fait beau, lisons en terrasse

Il fallait une fin d'après-midi sous un soleil de plomb, au beau milieu du raffut des voitures, pétrolettes et concert de sonnettes pour se transporter au Brésil. Par l'oeil lorgnonné de Patrick Corneau nous suivons avec Brasileza l'itinéraire d'un Français dans les rues brésiliennes et au coeur d'une société polymorphe aux moeurs bien différentes des nôtres. Entre autres curiosités, j'apprends qu'être toujours en retard est naturel même dans les meilleures maisons, et que notre ponctualité d'Européens y passe pour très inconvenante. Une faveur que les rêveurs s'accordent.
La suite à l'ombre pour continuer le voyage.

mardi 31 juillet 2012

Paradis perdu


Tôt le matin sur le Maroni, la brume s'accroche aux branches des arbres. Comme dans tous les pays situés entre les deux Tropiques, il fait invariablement jour à 6h et nuit à 18h durant toute l'année. La nuit la Lune, quand elle est pleine, forme un cercle argenté au raz de l'horizon, tellement gigantesque et proche que cette vision fantastique fait osciller le spectateur entre l'effroi et la fascination.
Invariablement le matin, on fait la lessive, la vaisselle, sa toilette, dans l'eau du fleuve. On fait aussi la cuisine avec l'eau du fleuve, de même qu'on y pêche le poisson et que les enfants y jouent.
Les villages qui bordent le Maroni, Français d'un côté et Surinamiens de l'autre, sont composés de familles apparentées, toutes issues des "Nègres-Marrons", anciens esclaves qui se sont libérés par la fuite et se sont cachés dans la forêt.
Du côté Français, il y a des brigades de gendarmerie, des écoles primaires, parfois un bureau de poste pour les plus gros villages. Du côté du Surinam, il n'y a rien que des hameaux constitués de maisons en bois sans électricité. Le voyageur y est bien reçu et on le dirige naturellement vers un carbet où il pourra tendre son hamac. On appréciera qu'il ait apporté un sac de riz ou du rhum en cadeau, mais en aucun cas on ne le dérangera dans son sommeil.
Dans cette organisation, les hommes partent à la chasse ou à la pêche dès que c'est nécessaire, tandis que les femmes rejoignent les abattis pour cultiver la terre. Le soir, une famille s'occupe de préparer le repas pour l'ensemble du hameau et partage la viande ou le poisson et le couac, le manioc que les femmes ont grillé et concassé. Le lendemain, c'est le tour d'une autre maison. Ainsi chaque jour.
Côté Français, depuis l'arrivée des congélateurs - par pirogue, on ne chasse plus si souvent. Peu à peu les traditions se perdent. On boit du Coca Cola, de la bière et du rhum en regardant les pirogues qui accostent. Le voyage pour St Laurent c'est une fois par mois pour aller chercher les allocations ou bien pour accoucher de temps en temps.
Et puis, de chaque côté des 500 kilomètres de fleuve, il y a les orpailleurs. Sur des barges misérables encombrées de hamacs, des hommes venus du Brésil piègent les pépites et les paillettes d'or en brassant les eaux. Jusqu'à épuisement, ils filtrent le sable puis le rendent au fleuve, après y avoir ajouté le mercure et le cyanure nécessaires à agglomérer puis purifier le métal. Le mercure et le cyanure se répandent ensuite dans les boues, les végétaux, les poissons, les enfants, les hommes, les femmes, des deux côtés de l'eau et jusqu'à la mer. C'est là, rattrapée par la cupidité et le progrès que s'achève, lentement mais sûrement, l'histoire des fiers Nègres-Marrons.


jeudi 26 juillet 2012

Mortification


Elles étaient assises côte-à-côte, muettes et l’air pensif, avec dans les jambes des grappes compactes d’enfants braillards et agités. L’une d’elle, jeune mère de quatre enfants - qui n’avaient entre eux pas plus d’un an d'écart, portait le cinquième. Sous sa taille ajustée, on voyait bien son petit ventre rond. Elles étaient assises là, un peu avachies par la chaleur et la fatigue, s’éventant mollement de leurs passeports et, puisque nous devions attendre, j'observais les détails de leurs vêtements, leurs visages, leurs mains. Leur mise m'inspirait des paquets de linge sale, leurs formes, noyées sous les étoffes, un effacement total de cette féminité qui n’est pas maternelle. Leurs visages, parfois très beaux, encadrés d'un foulard fixé d'une épingle, étaient sans artifices.

Bien sûr, il y a les habitudes, le mode de vie, mais s'il n'y avait pas la religion. 
S'il n'y avait pas la religion, elles auraient les cheveux libres, peut-être porteraient-elles des barrettes à strass ou des baguettes de bois pour retenir un chignon. S'il n'y avait pas la religion, elles auraient par cette chaleur une robe légère qui découvre les bras, elles sentiraient bon. Alors qu'avec cette chaleur, sans boire, sans manger de la journée, sortait de leur bouche un envahissant remugle de bactéries. S'il n'y avait pas la religion, elles n'auraient pas teint leurs doigts, mais puisqu'elles les avaient trempés dans un bol de henné, ils étaient rouge foncé jusqu'à la paume, comme quand de l'encre sépia a coulé d'un stylo. S'il n'y avait pas la religion, les plus vieilles n'auraient pas le front et le menton tatoués, peut-être parleraient-elles le français, peut-être sauraient-elles lire, peut-être auraient-elles travaillé en dehors de la cuisine. S’il n’y avait pas la religion, elles seraient en bonne santé et pas torturées d’ostéoporose, ne paraîtraient pas 70 ans quand elles en ont 60.
Je me suis mise à penser à nos sorties d'église, aux dames en jupes à carreaux à mi mollets, aux chemisiers verrouillés jusqu'au dernier bouton, aux cols Claudine, aux Renault Espace pour asseoir les nombreuses progénitures, parce que l'on prend tous les enfants que le bon dieu nous donne. Et s’il n’y avait pas la religion ?
S'il n'y avait pas de religions, il n'y aurait que des corps libres, des principes et des pratiques dont on comprend le sens parce que définis par soi-même, il y aurait la beauté qu'on ne regarde pas comme étrange ou suspecte, il y aurait une expansion de l'esprit car détaché des contraintes imposées... Tant de futilités quand on a trop de bouches à nourrir.

lundi 23 juillet 2012

Dis-moi ce que tu lis

La meilleure amie, quand on a la chance d'en avoir une, c'est celle qui connaît tout de vous, qui sait exactement ce qui vous fera plaisir. La mienne de meilleure, elle a proposé à chacun de la bande de m'offrir un livre. Mais pas n'importe lequel. Il fallait que ce soit un livre qui a représenté quelque chose pour celui qui l'offre et si, par bonheur, le volume avait été trituré, plié, s'il avait vécu en somme, alors c'était encore mieux. Tout le monde n'a pas joué le jeu, mais me voilà avec 13 livres qui devraient m'éclairer sur des amis de 30 ans. Coup de chance, je n'en ai lu aucun.


- Un singe en hiver d'Antoine Blondin,
- Fantasia chez les ploucs de Charles Williams,
- La dernière migration de Roger Frison-Roche,
- L'art de l'essentiel de Dominique Loreau,
- Royal Romance de François Weyergans,
- Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson,
- La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy,
- Une année chez les Français de Fouad Laroui,
- Contes et légendes de l'arbre de Louis Espinassous,
- Et les hommes sont venus de Chris Cleave,
- Scarlett si possible de Katherine Pancol,
- L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde,
- Je l'aimais de Anna Gavalda.


En l'occurrence, l'exercice consiste à chercher l'intérêt que chacun a trouvé à ces récits. Il n'est pas question de mes goûts. J'ai donc commencé par les nullités littéraires comme Gavalda et Pancol et de ce point de vue-là, je ne suis pas déçue. En particulier, le jeu de piste chez Pancol (577 pages quand même) va me sembler bien long. Cependant, qu'est-ce qui a pu plaire à l'amie qui me l'a offert ? Si je trouve la réponse, alors j'aurais peut-être découvert un aspect d'elle que je ne connais pas. D'ores et déjà, je sais qu'elle est bon public !

mardi 17 juillet 2012

Respiro

Je n'ai jamais rêvé d'avoir une Rolex, mais de la peinture oui. Il m'a fallu du temps, le temps qu'il faut pour ne plus avoir envie d'autre chose. J'ai choisi une toile de Martine Pinsolle, une découverte faite à Bordeaux au milieu d'une exposition collective qui n'a pas fait de cadeaux aux autres artistes: Martine dirigeait le théâtre des opérations.
Quand on aime nager, quand on aime l'eau, on ne peut rester insensible devant le visage serein de cette nageuse. On reconnaît ce plaisir. Quand on est un habitué des piscines, on sait que cette ligne de flottaison qui délimite les lignes d'eau n'est pas un recours à la noyade, elle n'est qu'un repère pour nager droit. Tenter de s'y accrocher, de s'y reposer, est une illusion : elle est trop souple, trop peu tendue pour soutenir le poids. Mais pour un temps très court, elle rassure, permet de reprendre son souffle ou d'attendre d'avoir pied. Elle est comme le balancier du prao, un moyen simple de retrouver l'équilibre.
La "ligne de flottaison", entre le ciel est l'eau, impose de rester léger, confiant, paisible. De la lourdeur et on coule. Ce tableau qui éclaire désormais ma maison ne me donne pas l'heure, mais une certaine idée de la vie et du temps. 

Ligne de flottaison 1 - Martine Pinsolle

dimanche 15 juillet 2012

Bien joué

Constant, quand il était petit, je le gardais de temps en temps, je l'emmenais en vacances. Son père et sa mère étaient mes amis. C'était un joli petit môme, un blondinet aux beaux yeux bleus. Il est devenu grand et sec et sur son regard flotte une légère tristesse.
D'abord, il a fait de la photo. Avec talent. Du noir et blanc surtout. Maintenant il fait de la musique.
Il y a dans l'air un peu de mélancolie, peut-être un fond de colère, mais de l'énergie. La vie ne lui a pas fait de cadeaux, alors il s'en fait à lui-même. Ses parents seraient fiers de lui.

Goldigger - Heads Or Tails (Cust Remix) by Cust

mercredi 11 juillet 2012

L'eau de rose

C’est à partir de la clinique de l’impuissance que Freud a démontré les deux courants de la vie amoureuse: la tendresse et la sensualité. La vie amoureuse de certains hommes est ainsi clivée que «là où ils aiment, ils ne désirent pas et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer ». Ces deux tendances se développent comme le percement d’un tunnel en partant des deux cotés. Ainsi, dans une vie amoureuse harmonieuse, il y aura eu une conjonction de ces deux tendances. Mais, comme souvent en psychopathologie, nous devons considérer cette harmonie comme une construction heuristique en tant qu’elle ne se retrouve jamais à l’état pur dans la clinique. Ainsi, toute vie amoureuse procède de la cohabitation de ces deux tendances: l’amour et le désir. 
Auguste Rodin
Selon Aristophane, dans son mythe tel qu’il le rapporte dans le Banquet, ce qui pousse deux êtres l’un vers l’autre c’est le désir de se recoller ensemble, de refaire un, comme c’était le cas avant que les Dieux en colère ne les découpent en deux. Il en va ainsi de tout amoureux: si Héphaïstos, le dieu de la forge, leur proposait de les fondre ensemble afin de ne plus faire qu’un, ils diraient qu’en effet, ils n’attendent que cela. Si le désir a donc pour origine le manque (la castration), l’amour comme montage imaginaire vise justement à annuler ce manque. C’est en ce sens que l’amour va souvent flirter avec la folie: il est une tentative d’évitement de la castration, voire une tentative de forclusion. Fort heureusement, dans la plupart des cas, il n’y parvient pas: l’amour ne vient jamais tout combler, il laisse toujours des terres en jachère, un espace au manque.
Mais c’est aussi dans ce discours d’Aristophane que l’on apprend que les amoureux, une fois qu’ils ont retrouvé leur moitié, restent accolés, embrassés l’un à l’autre et ne se soucient plus de se nourrir... Ainsi, leur réunion, leur amour les mène à une mort certaine par inanition. Et comme ces êtres primitifs n’avaient jusque-là pas besoin de se reproduire (ils étaient immortels), Zeus, leur permit de copuler, de se reproduire afin que l’humanité ne disparaisse pas. C’est donc l’introduction de la possibilité de relations sexuelles qui a sauvé l’humanité d’une mort certaine par excès d’amour. C’est le sexuel qui est venu contrer ce qui de la pulsion de mort est à l’œuvre dans l’amour. C’est cette dimension du sexuel qui permet de laisser un champ libre dans lequel pourra se déployer la dialectique du désir. C’est ce qui permet à l’amour de ne pas être toujours fou. Là où le désir procède de la castration, l’amour lui procède d’un savoir, d’un savoir sur le désir: la rencontre amoureuse est la rencontre de deux savoirs inconscients. Cette rencontre procède d’un hasard, d’une contingence, qui relève d’une même logique que le jeu de la mourre. Ce jeu antique est un jeu de doigts, ancêtre de la version enfantine simplifiée qu’est «caillou – feuille – ciseaux». Dans ce jeu, rien ne permet de deviner ce que l’autre va faire, et pourtant il y aura nécessairement un gagnant, c’est-à-dire qu’un des deux joueurs aura, à son insu, «deviné» le savoir de l’autre. Ainsi, on aime celui à qui l’on suppose un savoir (sur son désir, sur son manque). Les amoureux ne se disent-ils pas qu’ils n’ont pas besoin de mots pour se comprendre ? L’amour et le désir seraient donc comme les deux jambes de la vie amoureuse, leur dialectique étant inventée à chaque fois par chacun.

DS

samedi 7 juillet 2012

lundi 2 juillet 2012

L'R de rien

Passer la décennie l'air désinvolte. Surtout.


samedi 30 juin 2012

Passer l'éponge

Le plus extraordinaire dans la GayPride, ce n'est pas ce bruit binaire qui surgit de la rue et s'invite de force chez les gens, ce ne sont pas les bannières "Si ton frère est hétéro, tu peux l'aider aussi", ce ne sont pas non plus les vieux ex-ministres emperruqués se dandinant en haut des chars, non. Le plus extraordinaire c'est la balayeuse-laveuse de la voirie qui propulse à haute pression les résidus de la fête vers les caniveaux, immédiatement derrière le cortège.

vendredi 29 juin 2012

L'intérêt de l'enfant

Pierre était arrivé des Charentes pour ses études. Il s’était installé non loin de l’université, avait brillamment passé ses examens et puis avait rencontré Claire, une musicienne. Jusqu’à ce que l’enfant paraisse, ils vécurent une folle passion dont le centre de gravité se trouvait au milieu de leur lit. Il est possible que le petit ait pris sa place, que sa femme l’ait laissé sur le côté, mais quand ils décidèrent de divorcer rien ne lui semblait plus important que l’équilibre de l’enfant. Une semaine sur deux il le prenait chez lui et, ces semaines-là, il renonçait à sa chasse effrénée à la femme. Le reste du temps, en effet, il sortait, passait ses soirées sur internet, faisait des rencontres, jusqu'à ce qu'enfin il en  trouve une qui lui plaisait plus que les autres.

Vint un jour où il présenta l’enfant à la fille. C’était un dimanche et tous les trois déjeunèrent comme on le fait partout en famille ce jour-là. L’enfant, chétif et timide, semblait ravi. La fille et lui s’entendaient bien. Son père parla en douce des difficultés qu’il avait, dit qu’il était suivi par un psy, que c’était un peu la faute de sa mère qui avait toujours eu peur de tout, mais que c’était un bon élève. Puis, comme après une lente glissade faite de remarques, d’interdictions et de vexations, le père envoya brutalement l’enfant dans sa chambre avant le dessert.
Il prit alors la fille dans ses bras, mais elle décida de s’en aller. Quelques jours plus tard, elle lui dit qu’elle ne voulait plus le voir. D’une voix éteinte il lui demanda ce qui n’allait pas, s’il n’était pas assez bien pour elle et il releva son chandail pour lui montrer ses abdominaux puis, alors qu’elle souriait, il essaya de l’humilier et l'insulta, puis s'excusa. Il lui téléphona de temps en temps, lui envoya des messages, tantôt amoureux, tantôt  agressifs, selon qu’elle acceptait ou refusait de lui parler. Il fit le siège de sa maison, demanda une audience les bras chargés de fleurs, mais elle ne céda pas. Plus tard, elle apprit qu’on avait interné l’enfant dans un centre spécialisé à cause d'occlusions auxquelles la médecine générale ne pouvait rien.



mardi 26 juin 2012

Check up - 3

En souvenir des nuits passées à discuter sans fin sur le nom du meilleur batteur du monde entre 1963 et 1967, du meilleur guitariste du monde entre 1969 et 1971, à décerner le premier prix au meilleur album des Stones entre 1967 et 1977 dans les bars enfumés de Nantes, en écoutant un rock'n'roll approximatif mais convaincu, joué par des grands dadais transis sur lesquels louchaient des groupies en jupettes et talons aiguilles. Dans son roman Haute Fidélité, Nick Hornby retranscrit toute cette atmosphère que j'ai connue, à la fois drôle, légère, passionnée et dans laquelle nous avions la chance d'être librement immatures.



dimanche 24 juin 2012

Des perles d'eau

Dans la généalogie de la musique, c'est à la période baroque que va ma préférence. Elle court du début du XVII° siècle à la fin du XVIII°.
Essentiellement musique sacrée, elle a cette vertu d'alléger le corps et de conduire l'esprit au-dessus des nuages, en particulier lorsqu'elle est portée par les voix de contre ténor et la viole de gambe

Haendel

Bach

Vivaldi


Marin Marais

jeudi 21 juin 2012

La question du minus

Dans son ouvrage « Le plafond de Montaigne », notre ami Frédéric Schiffter écrit :
Aujourd’hui encore, avec la même amertume que Jean-Pierre Léaud dans La maman et la putain – le film de Jean Eustache […] – je médite la mystérieuse question de savoir « pourquoi les filles préfèrent sortir avec des minus plutôt qu’avec des types bien ». Toujours sans réponse, je m’en tiens au célèbre adage, mais dans une version légèrement modifiée par mon expérience : « Dis-moi de qui tu attends l’amour et je te dirai qui tu es ». 
Super Minus
Tout d'abord, qu'est-ce qu'un minus
D'un point de vue féminin, on entend par minus un homme qui pourrait manquer de caractère, de courage, ou d'allure, ou les trois. Le minus assume peu, ment souvent et fait preuve de ce que l'on appelle  « lâcheté » et que le minus traduit par la volonté forcenée de ne pas faire souffrir (sic). Il ajoutera de lui-même qu'il est lâche, certes, mais qu'il le doit au fait même d'être un homme.
Revenons à la question : pourquoi faire le choix du minus ? A bien observer ce qui s'agite autour de soi, ou même chez soi quelquefois, personne n'est à l'abri. Croit-on, en le fréquentant, que l'on finira par avoir un ascendant sur le minus jusqu'à ce que son comportement en soit modifié ? Est-ce l'incertitude qui stimule et, partant, le désir de conquête ? A l'inverse, croit-on que l'on ne vaut pas mieux qu'un minus ? D'un point de vue plus général, est-ce le passage obligé des expérimentations sentimentales puis, à force de répétitions, une excuse recevable pour arguer de l'incapacité à s'engager ? De quoi ce « goût » fait-il la démonstration et que l'on ne veut pas voir? La question reste entière.


lundi 18 juin 2012

Peur du noir

Sans jamais avoir eu une idée précise de ce qu'était l'amour, j'ai su quand j'aimais au moment où la peur de perdre l'autre, qu'il fut ami, amoureux, parent, m'étreignait d'une angoisse subite, profonde et indéfinissable. Cette inquiétude irrationnelle qui ne présage de rien, ne pressent rien, qui n'est pas un signe magique d'une mort annoncée avant la mienne, est ce que j'identifie à de l'amour, à un attachement inconditionnel et persistant, en tout cas. Quand cette pensée me traverse, la sensation physique d'une destruction irréversible m'envahit, comme si un premier fusible sautait et que s'éteignaient une à une les lumières qui éclairent ma maison.

samedi 16 juin 2012

O idioma mais bonito do mundo

Pablo était arrivé d'Uruguay sur un voilier. Sans souci d'alléger ses bagages, il portait avec lui ses disques - à l'époque c'étaient des vinyls. C'est à lui que je dois de connaître Vinicius de Moraes, o poeta maior do mundo disait-il. J'aimais déjà la Bossa Nova d'une folle passion et rêvais du Brésil comme d'un pays enchanté. Quand Pablo est reparti vers le sud, là où on parlait sa langue, il a laissé chez moi ses disques. 




Boa viagem !

jeudi 14 juin 2012

Derrière la jalousie

Une belle exposition Matisse à voir à Beaubourg pour encore quelques jours.
On conseillera cette visite pour un bain prolongé dans la fraîcheur de l'ombre à celles et ceux ravagés par les feux radicaux.

Intérieur au violon