mercredi 14 novembre 2018

mercredi 3 octobre 2018

Over

Je n'ai pas eu la peine de frapper à la porte, elle était ouverte. Il était là, assis au bord de son siège devant son écran, de profil tant la pièce était exiguë. Au fond, une fenêtre, stores encore baissés.
Je me suis présentée, il s'est retourné l'air surpris ou comme interrompu dans un moment qu'il aurait voulu tranquille. J'ai parlé de l'horaire, il a répondu - légèrement irrité, que ce n'était pas 9h mais 9h30 et j'ai insisté, précisant qu'en effet, il l'avait modifié trois fois.
Il m'a « invitée à attendre » dans le couloir. Inviter à attendre, cette formule tellement commode pour dire d'aller se faire foutre…
Puis il est sorti, est passé devant moi sans me regarder et, moi qui le regardais, je voyais ses jambes intrépides et ses bras courroucés. Il était assez grand et, malgré sa cinquantaine, il avait cette dégaine un peu balourde de certains étudiants en Lettres, fagoté dans des jeans' usés, enroulé dans un pull et une écharpe tellement ternes que j'en ai oublié la couleur. Si je n'avais pas connu son rôle dans la boite, il ne m'aurait pas semblé incongru de le trouver au cul d'un camion de la CGT, dans les vapeurs graisseuses des merguez, un grand jour de manif.

Il est remonté de l'étage inférieur dix minutes plus tard, flanqué de mon chef de service, un fourbe de première catégorie, rompu à l'exercice du double jeu, de la manipulation et du détournement. Ce jour-là, dans la scène qui se jouait, l'un tenait le rôle du DRH et l'autre de témoin et j'étais là pour demander mon licenciement. A première vue, les deux m'étaient farouchement hostiles.
Nous sommes entrés dans le bureau du DRH et avons pris place sur les trois chaises qui cernaient une petite table ronde coincée près de la porte. Il s'était assis face à moi mais de travers sur sa chaise, adossé au mur, les jambes croisées, de sorte que je le voyais - encore, de profil. Le petit chef, sur ma gauche, se tenait bien raide derrière sa grosse cravate qui lui faisait comme un tuteur, souriant et faussement aimable, comme à son habitude.
Si le DRH a commencé à parler, ensemble ils avaient l'attitude d'un couple qui négocie le prix d'une cuisine aménagée: ils s'étaient distribué les rôles du méchant et du gentil. La différence c'est que, comme tous les salariés de l'entreprise, je savais dans quelle catégorie les classer. J'avais compté les fautes d'orthographe dans leurs mails, j’avais lu les crises d’autorité et les revirements sur le terrain, les questions restées sans réponse et toutes les machinations pour détourner l’attention. Eux, ils ne me connaissaient pas : je n'étais qu'un matricule au milieu d'une masse d'autres matricules.

S'ils avaient discuté leur stratégie, il n'empêche qu'on les aurait cru tout juste sortis de l'école : ils ne m'ont épargné aucune des techniques de communication utiles à la culpabilisation. Le DRH n'a pas perdu deux minutes avant de me dire que demander un reclassement pour parvenir à un licenciement était particulièrement malhonnête. Evidemment j'ai détesté le mot, mais son agitation contrariait l'impact potentiel du discours. La colère, l'agacement, quand on est à ce genre de poste, indique d'emblée une incapacité à prendre de la hauteur, de la distance, et je me mis à observer plus précisément le personnage.
De près, le DRH avait les yeux bleus, des petits yeux bleus bordés de cils recourbés comme après un lourd sommeil ou un gros chagrin. C'était un émotif, un sentimental. J'ai donc rappelé les choses simples, comme les lois qui régissent mon métier, après avoir constaté qu'il avait perdu la clé du tiroir où était rangé le Code. Bien entendu, son énervement s'est amplifié et j'ai cru un moment qu'il allait me mettre dehors. Comme convenu, son acolyte a pris le relai dans une posture qui révélait qu'il se serait bien vu calife à la place du calife. Il faut dire que pendant ce temps-là, le DRH regardait obstinément la pointe de sa chaussure se balancer. 


A 9h35, je sortais du bureau sur une poignée de mains dont le DRH avait rechigné à me gratifier à 9h00. A 9h30, nous étions tombés d’accord pour rompre et, au bout d’un an de palabres, je larguais pour toujours les amarres de l'épave… Sans pot de départ, sans carte chamarrée signée de mes collègues avec lesquels j’avais passé dix ans. Et c'était bon !

samedi 14 avril 2018

Le dandy des rails


Lui, quand il veut qu'on l'écoute, il serre la main de son interlocuteur d'une main et tient fermement son poignet de l'autre, plantant ses yeux dans les siens. On ne l'oubliera pas.
Quand il veut séduire, il dit « celles et ceux » et regarde fixement devant lui d'un air profond. Il est aidé en cela par un strabisme convergent auquel s'attache son public et qui absorbe l’attention.
Quand il parle des Zadistes ou de tout autre forme de contrariété, il dit « les gens ». Il ne va pas les voir et ne les touche pas. La révolte, c’est sale.
A l’entendre, il y aurait donc deux catégories distinctes, voire opposées, d'individus : les « celles et ceux » et « les gens ». Contrairement au découpage apparent de la locution « celles et ceux » qui mettrait artificiellement les femmes et les hommes au même niveau – le masculin ne l’emporte plus sur le féminin, les « celles et ceux » - ou « celzéceux », forment un groupe compact mais nommé, représentant les bons, tandis que « les gens », masse indifférenciée, jouent le rôle des méchants.
Lui qui connaît parfaitement le sens et le poids des mots, il sait la portée du langage dans les esprits, il sait comment on modifie les opinions, comment on instille finement. Il sait.
Cependant, sans télévision et donc en l’absence de perfusion continue, on perçoit ses apparitions pour ce qu’elles sont et la manière assez grossière qu’il a de livrer des pensées aux amples ambitions qui rétrécissent pourtant les perspectives tant des « celzéceux » que « des gens ».

Il y a un an, on croyait qu’un dandy simplement épris de Belles Lettres gagnait par défaut l’accession au pouvoir et on espérait que l’Histoire, dans sa grande bonté, se répétât. L’excellent portrait d'Octave Mirbeau réapparaissait alors et, sur France Culture – chaîne brillamment convertie depuis au « celzéceux », une émission relatait - facétieusement croyait-on, les péripéties de Paul Deschanel, Président lui aussi d’une certaine Républyrique.

En préambule à l'émission de radio, on pouvait lire :
C'était un homme absolument exquis, subtil, spirituel, d'une éloquence exemplaire, élégant au point d'imposer autour de lui la queue-de-pie et le huit-reflets. Et puis, il s'est mis doucement à dérailler.
Entré à l'Élysée le 17 janvier 1920, il montre une attitude de plus en plus déconcertante lors de ses voyages officiels. Le summum est atteint dans la nuit du 23 au 24 mai 1920 : Paul Deschanel part de la gare de Lyon, dans son train présidentiel, le 23 à 21h30. Il doit inaugurer à Montbrison, le lendemain matin, un monument à la gloire d'Émile Reymond, aviateur, sénateur de la Loire, mort au combat en 1914. Vers 23h45, il bascule par la fenêtre de son compartiment privé et tombe le long des voies peu avant Montargis. Par miracle, il n'a que quelques ecchymoses. Un cheminot le découvre juste après, qui marche en pyjama le long du chemin de fer. Le brave homme ne croit pas un instant aux allégations de l'inconnu qui lui assure être le Président de la République, mais le confie à son collègue garde-barrière qui lui donnera les premiers soins, avant qu'un médecin ne l'identifie et le conduise à la sous-préfecture de Montargis. À bord du train présidentiel, personne n'a rien remarqué - des ordres ont été donnés de ne pas le déranger - et ça n'est qu'à sept heures du matin, en gare de Roanne, qu'on s'apercevra de la disparition du Président. Le monument à Reymond sera inauguré tout de même, par le Ministre de l'Intérieur et le sous-préfet de Montbrison, sans Paul Deschanel. La presse est stupéfaite de l'accident du Président de la République, et les chansonniers s'en donneront à cœur joie sur l'événement. On a par la suite grandement exagéré les bizarreries de Paul Deschanel. Il était cependant incontestablement atteint de troubles mentaux, qui le conduiront à démissionner de sa charge le 21 septembre 1920, après un très bref septennat de sept mois.

A son tour, en 2018, le jeune dandy est retrouvé pataugeant dans la boue de potagers sinistrés par des hordes de gendarmes, trébuchant devant un train immobilisé par « des gens » et fanfaronnant à la télévision populaire, à l’adresse de « celzéceux » auprès desquels il comptait trouver refuge, que « les riches n’ont pas besoin de lui, qu’ils se débrouillent très bien sans lui, qu’il n’est pas le Président des riches ». Disant cela, il introduit l’idée d’un supra Etat, une entité gouvernée par elle-même, hors des lois de la République. Quelle est donc cette bizarrerie ? On perd les pédales, Emmanuel ?
Décidément, l’Histoire nous réserve toujours de bonnes surprises.


dimanche 28 janvier 2018

Comme une proposition

Les communautés du bien-être, les aventuriers du moi heureux, les apprentis gourous, les donneurs de leçon de vie, tout cela, en général, m'irrite. A côté de chez moi, par exemple, il y a un professeur de yoga - j'aime bien le yoga, qui invite les élèves à s'habiller en blanc pour les cours, un peu comme une fête à la Eddy Barclay.... 
N'empêche, quand ces pratiques s'imposent comme une réponse à une succession d'accidents et si celle qui en parle est exemplaire, on s'éloigne des pensées magiques servies par des imposteurs.
Reste que ce n'est qu'une proposition.



jeudi 26 octobre 2017

mardi 24 octobre 2017

Temps Universel + 3


21 octobre. Extrémité Est du bassin méditerranéen.
Dehors, 26°. Pollution de la mer sur 80 km de part et d’autre de la ville. Plages jonchées de déchets. Pêcheurs sur les rochers. Débris de cadavres flottants. Ne pas nager.
Constructions à flanc de falaises, vitres teintées, dorures, marbres, spa, piscine olympique, corps brunis luisant d’huile, musique à tue-tête, berlines noires, enfants pouilleux vendant des roses fanées.
Dedans, air climatisé. Fréquentes coupures d’électricité. Télévision: scanner à x millions de dollars, cerveau décrypté, esprit décortiqué, enfermé dans un corps artificiel. Objectif 2100. Délire d’immortalité.
Dedans plus loin, plus profond, 37,2°. Rester loin. Lire.

Avec Journées perdues, cheminons ensemble, bavardons. Il y a comme un chaos dehors, une folie. Partageons cette coupe de Champagne au chevet du grand corps malade. Et puis non tiens... Qu’il crève.
Grisons-nous de ce qui subsiste encore librement. Mais de quoi parles-tu ? Je te parle de l’ennui, je te parle de ce temps rendu disponible à observer la beauté des fleurs et le mouvement de la houle, à suivre le cours des saisons et la gesticulation des hommes.
Ne pas précipiter sa lecture, reposer le livre, aller à la fenêtre, scruter les nuages, faire chauffer un peu d’eau et regarder fondre les poudres de café. Puis, prendre le temps de rejoindre la compagnie élégante et caustique d’un auteur ravagé par les insomnies et l’intranquillité, mais étreint par la vie. Dans le malheur d’être né s’obstine un souffle.


Frédéric Schiffter - Journées Perdues - Ed. Séguier

mercredi 18 octobre 2017

mardi 12 septembre 2017

Mouvement

« Les gens disent parfois qu’on pourra esti­mer que le fémi­nisme a triom­phé quand la moitié des PDG seront des femmes. Il ne s’agit pas de fémi­nisme, pour reprendre Catha­rine MacKin­non, il s’agit du libé­ra­lisme appliqué aux femmes. Le fémi­nisme aura triom­phé non pas lorsqu’au­tant de femmes que d’hommes tire­ront profit d’une orga­ni­sa­tion sociale oppres­sive, qui se nour­rit de la sueur de nos sœurs, mais lorsque toutes les hiérar­chies de domi­na­tion, y compris écono­miques, seront déman­te­lées. »

Lierre Keith

mercredi 8 mars 2017

Explose ta Learning Curve !

Une offre de stage trouvée sur le net. On croirait une blague, mais non ! C'est simplement un exemple de proposition hype, moderne et furieusement tendance. 
On retiendra la novlangue en lasagnes, les exigences initiales, la vie en bocal et le tutoiement. Le plus beau restant l'explosion de la learning curve.

Evidemment, on évite de préciser le montant de la rémunération.

Social Media Manager
Kadran Immo - Nantes (44)
Stage
Kadran, start up dans l’immobilier est la 1ère plateforme d’enchères interactives pour l’immobilier neuf, www.kadran.immo. Incubé par OFF7 (Groupe Ouest-France), lauréat de Réseau entreprendre et labélisé Pépites FrenchTech en moins d’un 1 an, nous continuons notre ascension vers l’excellence avec dynamisme.
Aujourd'hui, Kadran a besoin de renfort pour poursuivre sa vision, celle de révolutionner le monde de l'immobilier, et te propose de rejoindre la Team pour un stage de 4/6 mois en tant qu Social Media Manager !
Objectifs de ton stage : 
  • Continuer le développement de l’univers Kadran en cassant les codes actuels tout en restant des pro l’immobilier et des enchères numériques
  • Créer des animations ludiques et didactiques pour partager nos conseils, nos actu et nos bien et ainsi faire connaître la marque
  • Création, gestion et analyse des posts et des campagnes publicitaires sur l’ensemble de nos supports de communication
Ton quotidien, day-to-day ? // Comment tu vas occuper tes journées : 
  • Community management
  • Analyse des données
  • Réalisation infographie et graphique (charts, picto, gifs, illustrations)
  • Veille sectorielle, concurrentielle
Comment nous t’imaginons, idéalement ? // Profil
  • Tu as une pâte créative et rédactionnelle ;
  • Tu connais la suite Adobe ou équivalent (Indesign, Sketch, Affinity...) ;
  • Tu connais les réseaux sociaux mieux que personne et tu sais les analyser pertinemment
  • Tu sais t’organiser et gérer les urgences
  • Tu cherches à développer l’ensemble de tes compétences et acquérir des responsabilités;
  • Tu es force de propositions et tu as envie d’exploser ta learning curve ;
Pourquoi nous rejoindre : 
  • Tu seras au coeur d'un secteur d'activité en pleine révolution numérique ;
  • Tu seras dans une équipe jeune, dynamique, conviviale et qui travaille de manière agile
  • Tu participeras activement à la stratégie de communication ;
  • Tu seras autonome, "like a boss", mais ne t’en fais pas, nous t’épaulerons quand tu en auras besoin ;
  • Tu profiteras de nos bureaux, plutôt cool, au sein du fameux Start-up Palace ;
Début du stage : Mars 2017
Stage rémunéré
Type d'emploi : Stage
Localisation du poste :
  • Nantes (44)
Formation(s) exigée(s) :
  • Master